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Les forêts tropicales : un bien inestimable qui appartient à l'humanité

3469 lectures / 10 commentaires12/11/2007, 11:10
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Les forêts tropicales : un bien inestimable qui appartient à l'humanité
Depuis quelques années, plusieurs études scientifiques très sérieuses sont venues remettre en cause le rôle des forêts en matière d’émissions et de fixation de CO2. Selon ces études, les forêts boréales et tempérées fixeraient beaucoup moins de CO2 que prévu tandis que les régions tropicales ne seraient pas autant émettrices que pourrait le laisser penser l’intense déforestation dont elles sont victimes.

Sur les 25 milliards de tonnes de gaz à effet de serre émis actuellement (selon l’Environnemental World Resources Institute), 40 % restent dans l’atmosphère, 30 % sont absorbés par les océans et 30 % par les plantes.

Les modèles informatiques chargés d’évaluer le captage du carbone des forêts utilisent principalement des données d’émissions constatées au sol, c’est-à-dire le montant du captage du CO2 par photosynthèse dont on soustrait les émissions dues à la décomposition de la matière organique. Mais ces mesures ne tiennent pas compte des mouvements de l’atmosphère et notamment des vents. L’équipe menée par le Centre national pour la recherche atmosphérique de Boulder (Etats-Unis) a eu l’idée d’utiliser les mesures faites dans la colonne d’air au-dessus des arbres et non au sol. Les chercheurs ont pour cela compilé les analyses de troposphère provenant de vols de recherche réalisés partout sur la planète ces 27 dernières années.

Leurs résultats publiés dans Science du 22 juin révèlent que les forêts de l’hémisphère Nord n’absorberaient « que » 1,5 milliard de tonnes de CO2 contre 2,4 milliards calculés par les modèles. Ce qui signifie que les concentrations de CO2 dans l’hémisphère Nord seraient plus importantes que prévu. En revanche, malgré les brûlis agricoles, les forêts tropicales ne relargueraient pas dans l’atmosphère 1,8 milliard de tonnes de CO2, mais seulement 100 millions. Dans ce cas, le tort des modèles serait de minorer l’efficacité de la forêt tropicale pour capter les gaz à effet de serre et surtout de ne pas tenir compte des vents qui amèneraient le CO2 émis par les feux sur d’autres zones forestières susceptibles de l’absorber.

Cette découverte ne permet pas seulement de mieux comprendre le système Terre. Elle pèse sur la capacité à calculer « les effets climatiques futurs de nos émissions de CO2. Pour un même scénario économique, exprimé en tonnes de CO2 émis, il peut y avoir une différence de 100 à 200 ppm de CO2 à la fin du siècle, soit environ un degré d’écart en termes de température moyenne à la surface de la planète, selon le rôle que jouent les forêts boréales et tropicales dans les modèles climatiques. Or, un degré, c’est plus que le réchauffement mesuré depuis un siècle ! Les modèles actuels parient sur des forêts boréales gourmandes en CO2 et sur des forêts tropicales à l’équilibre, hors les effets de la déforestation due à l’homme. Si les auteurs de l’étude ont raison, il va falloir modifier les modèles afin de simuler correctement le futur climatique. Cette découverte suppose aussi de repenser la gestion des forêts tropicales en tenant compte de leur rôle dans le cycle du CO2.

"L’impact positif des forêts a tendance à s’estomper au fur et à mesure que l’on avance vers les hautes latitudes"

Autre facteur déterminant à prendre en compte : la latitude. Pour que les forêts parviennent à limiter le réchauffement, on pensait alors qu’il suffisait que les entrées (les plantations) dépassent les sorties (la déforestation). Mais cette vision comptable est aujourd’hui remise en cause par une étude de l’Académie américaine des sciences. Une équipe américaine, regroupée autour de chercheurs du Lawrence Livermore National Laboratory (LLNL), vient de publier une étude où elle montre que l’installation de forêts dans les régions de haute latitude pourrait au contraire contribuer au réchauffement de la planète.

« Planter de nouveaux arbres à des moyennes latitudes comme aux États-Unis ou dans la plus grande partie de l’Europe n’aurait que des effets marginaux sur le climat. Mais des arbres supplémentaires dans les forêts des hautes latitudes comme au Canada, en Scandinavie ou en Sibérie seraient actuellement contre-productifs », explique Govindasamy Bala, du LLNL, qui a piloté l’étude.

Les chercheurs ont intégré dans leurs modèles les trois impacts majeurs des forêts sur le climat : leur capacité de stockage du carbone, qui contribue à limiter le réchauffement ; l’évapotranspiration et la forte nébulosité qu’elles produisent et qui contribuent aussi à limiter le réchauffement ; et, enfin, l’énergie solaire qu’elles absorbent en raison de leur couleur noire et qui contribue au contraire à augmenter le réchauffement.

En faisant tourner ces trois paramètres, ils parviennent à montrer que l’impact climatique des forêts varie considérablement selon les latitudes. Seules les forêts tropicales ont des effets très bénéfiques contre le réchauffement grâce à la forte nébulosité qu’elles entretiennent et grâce à leur capacité de stockage du carbone. La déforestation dans cette région du monde contribuerait donc à une élévation des températures. « Les forêts tropicales agissent comme un véritable climatiseur de la Terre », souligne Ken Caldeira, un des auteurs de l’étude et climatologue de renom.

L’impact positif des forêts a tendance à s’estomper au fur et à mesure que l’on avance vers les hautes latitudes. Plus on monte vers le nord, plus l’absorption de chaleur par le couvert forestier annule ou dépasse la contribution des forêts tempérées ou boréales contre le réchauffement. Il faut bien reconnaître, en effet, que ces dernières produisent moins d’humidité et séquestrent moins de carbone que les forêts tropicales, à la végétation luxuriante.

A la lumière de ces nouvelles connaissances scientifiques, l’enjeu écologique lié à la destruction accélérée des forêts tropicales (plus de 150 000 km2 de forêts tropicales détruites chaque année) prend une dimension nouvelle car ces forêts joueraient un rôle tout à fait déterminant dans l’absorption du CO2 et la régulation thermique de la Terre. Rappelons en outre que ces forêts constituent un réservoir irremplaçable de biodiversité : elles peuvent parfois contenir jusqu’à 300 espèces d’arbres différents par hectare et contiennent des milliers d’espèces végétales et animales qui sont autant de molécules et de médicament potentiels dont l’humanité a besoin. Certaines grenouilles africaines ou amazoniennes contiennent dans leur peau des dizaines de peptides aux propriétés antibactériens, ou anticancéreuses encore mal connues.

"Sauvegarder les forêts tropicales est dons une nécessité absolue pour notre planète"

Pour toutes ces raisons, sauvegarder les forêts tropicales est dons une nécessité absolue pour notre planète et il est capital que les pays développés imaginent, en coopération avec les pays concernés, de nouveaux mécanismes économiques qui permettent d’évaluer à leur juste prix la valeur écologique de ces forêts irremplaçables afin de substituer à une exploitation sauvage à court terme une exploitation durable à long terme qui assure aux habitants de ces pays des revenus suffisants pour les convaincre de s’associer à cette gestion raisonnée de leur patrimoine vert. Peut être faudra-t-il, pour atteindre ce résultat, que les pays riches acceptent de rétribuer à un juste niveau, sous condition de reversement équitable aux populations, les pays concernés du Sud, pour qu’il devienne pour eux plus intéressant de préserver leurs forêts que de les exploiter de manière destructrice et inconsidérée. Nous devons inventer de nouveaux modèles et mécanismes de coopération et d’échanges économiques si nous voulons préserver des richesses comme les forêts tropicales qui appartiennent au patrimoine de l’humanité et dont le destin est lié à celui de l’homme sur cette Terre.

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Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org)
10 commentaires sur cette actualité !
Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !
manbaba, japon - 07/05/2008, 22:56
j'aime ce page ci :)
David, Gatineau - 05/05/2008, 01:55
ouin... c'est étrange.. je suis très d'accord pour ne pas détruire les forêts, mais pour ce qui est des effets de climatisation, les déserts sont les climatiseurs physique de la planète, non pas pour des raisons de gaz à effets de serre, mais pour des raisons de radiation et d'albédo. L'émission d'un désert est extrêmement élevé dû au faible taux d'humidité, c'est pour cette raison qu'il fait froid la nuit dans le désert malgré leur latitude. Peut-être que c'est vrai en fait de CO2, que les forêts sont mieux... mais c'est un des système de l'homéostasie climatique de la planète, quand la température augmente, les déserts grossissent... pour balancer, il y a une plus grande évaporation au dessus de mers, plus de nuages océanique, changement de l'albédo etc.
Robert, Sherbrooke QC - 16/03/2008, 21:50
Je suis bien content de voir cet article qui me confirme que le CO2 n'est pas ce qui contrôle le climat, c'est ce que j'en comprend. Le principal gaz à effet de serre est selon toute évidence la vapeur d'eau. Chacun de nous peut vraiment en saisir les effets par les différences de température entre les nuits avec ou sans la présence de nuages. Dans les déserts au climat sec, il y gèle la nuit. Selon moi, les forêts avec toute la matière organique qu'elles continnent sont essentielles à la préservation de cette humidité et au conditionnement de l'air de chacune des contrées qu'elles soient tropicales ou tempérées.
Filip Basse-Terre - 19/11/2007, 13:36
Vous parlez de gaz à effet de serre et vous n'arrêtez pas de faire "de la pub" pour les voyages en avion.
L'incohérence diminue la crédibilité
Jérôme, Shanghaï - 19/11/2007, 05:43
Kim, vous avez malheureusement bien raison.

J'ajouterai juste un détail : ceux qui vous colonisent, ils "colonisent" aussi l'Europe entière, les Etats-Unis, et le monde entier. Nous sommes tous victimes de la soumission des états aux entreprises, même si je reconnais que vous en êtes sûrement davantage victime que d'autres.
Kim Brazzaville - 18/11/2007, 17:53
Pour sauver la forêt, il faut arrêter le colonialisme dévastateur qui font de nos foret leurs meubles de jardin et leur terrasse en bois. Pour décoliniser, il faut d'abord une décolonisation spirituelle et chasser l'église catholique mensongère qui est venue massacrer nos ancêtres. Ils sont venue avec la bilble, ont avait les forêts,et maintenant on a la bible et ils ont nos forêts, notre petrole, nos diamants, notre or , cuivre, urnaium, cobalt etc..! Vive les ETATS UNIS D'AFRIQUE
www.nlongi.be.
Alain Karsenty, Montpellier - 13/11/2007, 16:04
Les internautes intéressés peuvent assister à l'atelier international qui se tiendra à Paris sur le régime international des forêts et la "déforestation évitée" les 21, 22 et 23 novembre. Les informations sont sur le site web ci-dessous

www.cirad.fr/ur/index.php/ressources_forestieres/actualites
Joann, Laon (02) - 13/11/2007, 09:42
enfin autant d'études pour arriver à un constat simple et évident que nos pères écolos scandaient haut et fort il y a déjà bien lontemps: stopper la déforsetation!
Des américains encore bien efficaces :D ça fait plaisir.
Jerome, Shnaghaï - 13/11/2007, 06:24
Je suis prêt à baisser nos avantages sociaux pour financer un paiement régulier par les pays riches de l'absorption de CO2 par le maintien des forêts tropicales.

Tant qu'il sera plus rentable de couper les arbres que de les garder, ils seront coupés.
Instaurons donc un intérêt économique (un transfert régulier de fonds) pour les garder.
Xavier ,paris - 12/11/2007, 11:53
Bravo
je travaille dans le kivu ...
56% des forêts du bassin du congo se trouvent en RDC
il est évident que la déforestation est beaucoup plus facile à endiguer là ou elle n'a pas encore vraiment commençée
Alors qu'attendons nous pour nous occuper efficacement du 2° poumon de la planète
Tous les mécanismes sont à revoir
il faut que l'on trouve un moyen pour combler le fossé qu'il y a entre les acteurs de terrains et les sources financements ...
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