Après dix années de recherche portant sur les techniques et les procédés de piégeage et de stockage de l'un des principaux gaz à effet de serre, le gaz carbonique (CO2), le ministère de l'énergie des Etats-Unis, en collaboration avec l'Agence de protection de l'environnement (EPA) américaine, s'apprête à lancer les premiers projets de démonstration de grande ampleur.Plus d'un million de tonnes de CO2 seront stockés
Trois projets vont porter aux États-Unis et au Canada sur le stockage de 1 million de tonnes ou plus de CO2 dans des aquifères salins, constitués de rocheuses poreuses gorgées d'eau salée et situés à une grande profondeur dans le sol.
Dans le communiqué de presse qu'il a diffusé le 9 octobre à ce sujet, le ministère de l'énergie américain annonce qu'il compte consacrer à ces projets 197 millions de dollars sur une période de dix ans si le Congrès lui accorde les crédits nécessaires. Le même jour, l'EPA a annoncé son intention d'élaborer une réglementation relative au stockage du CO2 dans des formations géologiques, car il n'en existe pas à l'heure actuelle.
« L'EPA s'adresse à nous pour tirer parti de notre expérience en matière de recherche et développement et nous nous adressons à elle pour son expérience en matière de réglementation », a déclaré à l'USINFO un conseiller technique du service de l'énergie fossile du ministère de l'énergie, M. Robert Kane.
Vingt-sept États des États-Unis et les provinces canadiennes de l'Alberta, du Saskatchewan et du Manitoba vont participer à ces projets destinés à faire une démonstration du procédé d'injection de grandes quantités de CO2 de manière à évaluer la capacité de différentes formations géologiques à stocker ce gaz d'une façon permanente.
« Nous pensons que le moment est venu de commencer à mettre en place le cadre de la réglementation des techniques de séquestration du carbone pour leur commercialisation à grande échelle », a indiqué à l'USINFO un haut responsable de l'EPA, M. Jason Burnett.
« À l'heure actuelle, a-t-il dit, environ 35 millions de tonnes de CO2 sont capturées aux États-Unis, principalement pour améliorer l'extraction du pétrole. Nous nous attendons à une forte augmentation de ces quantités qui pourraient être, selon certaines estimations, 400 fois plus importantes en 2100. »
La réduction des émissions de CO2
Le gaz carbonique est l'un des gaz à effet de serre dont la présence excessive dans l'atmosphère contribue au
réchauffement de notre planète et à des changements climatiques dans le monde entier. De nombreux pays prennent actuellement des mesures en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et l'un des procédés de plus en plus utilisés consiste à piéger le gaz carbonique et à le stocker, ce que l'on appelle souvent
la séquestration du carbone.
Lors du piégeage, le gaz carbonique est extrait des émissions de gaz provenant des centrales à charbon, des raffineries, des usines d'engrais et d'autres usines.
Lors du stockage, on injecte le CO2 dans des formations géologiques telles que des aquifères salins de grès ou de calcaire, d'anciens gisements de pétrole et de gaz naturel et des gisements de charbon inexploitables. Il s'ensuit une diminution de la quantité excessive de CO2 dans l'atmosphère.
Le CO2 doit rester dans le sous-sol pendant des siècles innombrables, mais les géologues étudient encore ce qui se passe lorsque le gaz est sous terre.
Aux États-Unis et dans d'autres pays, cela fait quelque soixante-dix ans que l'on capture le gaz carbonique émis par les installations industrielles et environ trente ans qu'on l'injecte dans le sous-sol pour faciliter l'extraction du pétrole. L'injection de CO2 dans un gisement pétrolier réduit la viscosité du pétrole, accroît son volume et modifie sa consistance, ce qui permet aux exploitants d'en extraire du sol une plus grande quantité.
Toutefois, ce n'est qu'en 1997 environ que les États-Unis ont commencé à procéder à la séquestration du carbone, c'est-à-dire à piéger le gaz carbonique anthropique (produit par l'homme) pour l'injecter dans le sous-sol.
La séquestration du carbone à travers le monde
Des projets de piégeage du CO2 et de son stockage à des fins commerciales sont en cours d'exécution depuis 1996. Le premier qui remonte à cette année-là est situé dans un gisement de gaz naturel de la mer du Nord (Sleipner West), le deuxième (1997) dans le sud du Saskatchewan au Canada (Weyburn CO2 Flood Project) et le troisième (2004) dans un gisement de gaz naturel en Algérie (In Salah).
Les États-Unis ont tiré des enseignements de ces trois projets. « Nous avons apporté une petite contribution financière de sorte que nous puissions participer à l'observation des opérations à Sleipner, Weyburn et In Salah et en tirer des enseignements », a indiqué M. Kane.
Le ministère de l'énergie exécute des petits projets de recherche et développement depuis 1997, mais les projets annoncés le 9 octobre constitueront les premiers à grande échelle organisés par les États-Unis.
Tous font partie du Partenariat régional sur la séquestration du carbone, qui a pour mission de sélectionner les techniques, la réglementation et l'infrastructure les meilleures qui sont nécessaires pour capturer le CO2 et le stocker dans diverses régions des États-Unis et du Canada.
Le Plains CO2 Reduction Partnership exécutera des projets de stockage du CO2 dans les bassins de l'Alberta et du Williston. Les partenaires sont les États du Dakota du Nord, du Dakota du Sud, du Minnesota, du Montana, du Wyoming, du Nebraska, de l'Iowa, du Missouri et du Wisconsin, ainsi que les provinces canadiennes de l'Alberta, du Saskatchewan et du Manitoba.
Le Southeast Regional Carbon Sequestration Partnership procédera à un stockage de démonstration de CO2 dans une formation de sable (Tuscaloosa) qui s'étend du Texas à la Floride. Les partenaires sont la Géorgie, la Floride, la Caroline du Sud, la Caroline du Nord, la Virginie, le Tennessee, l'Alabama, le Missippi, l'Arkansas, la Louisiane et le sud-est du Texas.
Le Southwest Regional Partnership for Carbon Sequestration injectera plusieurs millions de tonnes de CO2 dans une formation de grès (Entrada) datant de la période jurassique et située dans le sud-ouest des États-Unis. Les partenaires sont le Nouveau-Mexique, l'Oklahoma, le Kansas, le Colorado et l'Utah ainsi que certaines régions du Texas, du Wyoming et de l'Arizona.
L'Agence de protection de l'environnement collabore avec le ministère de l'énergie afin d'évaluer les répercussions éventuelles du piégeage du CO2 et de son stockage sur la santé, sur la sécurité et sur l'environnement. Elle compte rendre publique sa réglementation pendant l'été de 2008, après avoir examiné les avis d'autres organismes fédéraux, du secteur industriel et du grand public.
En savoir plus
Piégeage et stockage du dioxyde de carbone - Rapport spécial du GIEC (format PDF)
Dossier de presse de l'IFP pour la France et l'Europe :
Captage et stockage géologique du CO2 - Innovation et enjeux industriels
Notre dossier sur
le changement climatique
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Cheryl Pellerin
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USINFO, Département d'État des États-Unis