Force est de constater l'incompréhension qu'il existe entre l'opinion publique et les scientifiques sur les OGM.Après celles de médecine et de pharmacie, l'académie des sciences a défendu à son tour l'utilisation des organismes génétiquement modifiés et plaidé pour la poursuite et l'intensification de la recherche.
Ainsi, dans un rapport remis à la ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles technologies Claudie Haigneré, l'académie des sciences prône "une introduction raisonnée et prudente, au cas par cas, des plantes transgéniques dans l'agriculture".
Face aux "controverses amplifiées par un discours au fondement scientifique discutable", a résumé le Pr Roland Douce de l'Académie des Sciences, lors d'une conférence de presse, le rapport conclut "que toutes les critiques formulées contre les OGM (organismes génétiquement modifiés) peuvent être en grande partie écartées d'un point de vue scientifique", qu'il s'agisse des transferts de gènes ou de l'impact sur la biodiversité.
Les auteurs du rapport soulignent que les plantes transgéniques constituent "un atout considérable pour l'agriculture, le monde industriel et la santé" et qu'il faut de ce fait développer la recherche dans ce domaine pour mieux connaître leurs avantages et leurs risques potentiels, tout en garantissant l'indépendance des chercheurs.
Dénonçant une recherche sur la biologie végétale "sinistrée" en Europe, ils pressent les pouvoirs publics d'avoir une "attitude ferme" sur le "maintien de l'ordre public autour des cultures expérimentales d'OGM", dont beaucoup ont subi les assauts de militants anti-OGM.
en effet, l'Europe s'est dotée de la réglementation "la plus contraignante et la plus pointilleuse du monde" sur les OGM, a noté le professeur Douce, il n'y a donc "aucune raison objective" de prolonger le moratoire sur les autorisations de culture et de commercialisation d'OGM instauré en 1999 par sept pays de l'UE dans l'attente d'une législation sur l'étiquettage et la traçabilité.
Deux points sur lesquels les ministres européens de l'Agriculture et l'Environnement viennent de trouver un accord en imposant la "traçabilité" des OGM (notamment dans des cargaisons de produits en vrac) et un étiquetage des aliments contenant plus de 0,9% d'OGM.
Les académies de médecine et de pharmacie affirment n'avoir trouvé "aucun risque particulier lié au mode d'obtention des OGM". Elles arguent aussi qu'en Amérique du Nord, en Inde et en Chine, des millions de personnes consomment chaque jour des OGM depuis plusieurs années sans qu'"aucun effet nocif pour la santé" n'ait été rapporté jusqu'ici.
Ces recommandations "très rassurantes" ne "doivent pas nous exonérer d'une très grande vigilance", a répondu Claudie Haigneré, tout en se disant "tout à fait sensible" à l'avis de l'académie des sciences sur l'introduction de cultures transgéniques.
La ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot s'est dite pour sa part favorable à la levée du moratoire "quand toutes les protections auront été prises sur les règles d'étiquetage et de traçabilité", soit "d'ici 2003", puisque la législation vient de voir le jour.
Les enjeux économiques et stratégiques étant considérables, la prudence de l'Europe vis à vis des OGM pourrait la placer trop en retrait face à la concurrence des Etats-Unis notamment.
Cependant, les accords de Bruxelles ont aussitôt été dénoncés par la Confédération paysanne, qui a relevé "les vides juridiques" du dossier OGM, car, a noté le syndicat de José Bové, l'Europe "ne s'est toujours pas donnée les moyens permettant d'établir les responsabilités en cas de contaminations génétiques".
Pour les Verts, "l'accélération brutale de la législation sur les OGM a pour seul objectif de permettre aux USA de nous envahir avec leurs céréales génétiquement modifiées". Aussi ont-ils demandé aux parlementaires européens de "durcir" la législation qui leur sera soumise pour examen.
Enfin, les auteurs du rapport de l'Académie des Sciences ont consacré précisément un chapitre aux controverses sur les OGM. "La défense effective" par les pouvoirs publics de la recherche fondamentale et appliquée, "y compris les essais en champs (...) est crucialement nécessaire", soulignent-ils avant de mettre l'accent sur "l'importance de la formation du futur citoyen aux disciplines biologiques en développant son esprit critique dès son plus jeune âge". Dans ces conditions, estiment-ils, il faut "mieux sensibiliser les chercheurs à la communication scientifique".
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14/01/2005
Croissance quasi record des cultures OGM dans le mondeAuteur
Agence France Presse