Statue de Buffon par Augustin Pajou (1730-1809)crédit : B.FAYE@MNHN
Les représentants de 93 institutions naturalistes (muséums d’histoire naturelle et instituts de recherche, jardins botaniques, zoos …), en provenance de 36 pays de tous les continents, se sont réunis à Paris les 18 et 19 octobre 2007 à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Buffon, l’un des grands fondateurs de l’étude scientifique de la diversité de la vie.
La science étant essentielle à la gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes et donc à la survie de l’humanité sur cette planète, la contribution de ces institutions est vitale à quatre titres :
a) Elles sont les principaux dépositaires des échantillons scientifiques sur lesquels est fondée en dernier ressort la compréhension de la diversité de la vie.
b) Grâce à une recherche de pointe, elles étendent les connaissances sur la structure et la dynamique de la biodiversité présente et passée.
c) Par leurs partenariats et leurs programmes de formation et de renforcement de capacité, elles accroissent les chances de relever les défis environnementaux actuels et futurs à l’échelle mondiale.
d) Elles offrent à la société civile un forum et un lieu d’engagement direct, indispensables au changement des comportements dont dépendent notre futur commun et l’avenir de la nature.
Les institutions d’histoire naturelle ont aujourd’hui une responsabilité particulière face à l’extinction en cours de la biodiversité mondiale. Les approches courantes ne permettent pas de relever ce défi. Nous réaffirmons donc notre engagement à travailler ensemble et à développer de nouvelles approches intégrées pour comprendre et affronter la crise environnementale, et pour en communiquer les éléments au public, aux décideurs politiques et à l’ensemble des parties prenantes.
Nous faisons trois recommandations :
1 - Les collections de spécimens et les autres bases de données d’histoire naturelle constituent un modèle de la variabilité de la nature et font partie de l’infrastructure scientifique mondiale (comme le démontre aujourd’hui le
Forum Mondial de la Science de l’OCDE). Elles sont des outils indispensables pour comprendre l’impact du changement climatique et de la perte de la biodiversité ainsi que d’autres défis environnementaux. Les collections d’histoire naturelle sont néanmoins en train de disparaître dans de nombreux pays en raison d’un manque de financement.
Nous appelons donc les Etats et les organisations compétentes à apporter un plus grand soutien à la conservation de ces collections irremplaçables.
2 - La recherche naturaliste de terrain est essentielle pour la poursuite de la collecte et la diffusion d’informations, comme pour les programmes de formation et de renforcement de capacité. La communauté des institutions d’histoire naturelle a développé et continuera à développer et à mettre en œuvre les meilleures pratiques dans ce domaine. Cependant, l’évolution politique actuelle issue de la Convention sur la Diversité Biologique des Nations Unies rend la recherche scientifique, et la gestion des collections utilisées pour cette recherche, de plus en plus difficile et coûteuse.
Nous demandons donc aux gouvernements et à la Convention sur la Diversité Biologique :
- de reconnaître la différence entre la bioprospection à des fins commerciales et la recherche scientifique menée pour le bien public et
- de faciliter la collecte non-commerciale d’échantillons de biodiversité et le mouvement des spécimens
dans leurs approches de l’Accès et du Partage équitable des Bénéfices (ABS), y compris dans la définition des politiques et des réglementations.
3 – L’évolution est sans conteste l’explication la plus recevable de la diversité de la vie. Il est essentiel que seules de telles approches empiriques et testables soient acceptées comme « scientifiques » dans les débats sur l’évolution.
Nous insistons sur l’importance d’apporter un soutien à la diffusion des perspectives ouvertes par la science, ce qui est notre tâche en tant qu’organisations tournées vers le grand public, et à l’enseignement de l’évolution dans les écoles.
En conclusion, les participants au Symposium Buffon expriment le souhait que les scientifiques, les responsables politiques et la société civile unissent leurs efforts pour parvenir à une gestion durable de la nature, à un maintien et une restauration des écosystèmes et des services rendus par ceux-ci, dont la civilisation dépend. Nous réaffirmons notre conviction qu’un modèle de développement prospère et compatible avec une nature durable est possible. Nous sommes pleins d’enthousiasme quant aux contributions que nous pouvons apporter dans ce contexte, à travers nos missions qui consistent à étendre notre connaissance de la nature, former des spécialistes de toutes sortes et partager les connaissances acquises avec le public, en particulier les jeunes. Nous affirmons fermement notre capacité à être le lieu de rencontre de l’ensemble des acteurs concernés pour développer de nouvelles idées et approches, sans aucun préjugé.
En savoir plus
Site officiel du
Symposium international "Les Muséums et institutions naturalistes au XXIème siècle : quel rôle pour un avenir partagé ?" (18-19 octobre 2007)
Notre dossier sur
la biodiversité
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Muséum national d’Histoire naturelle, Paris