La composition organique et minérale du sol est largement influencée par les pratiques humaines. En effet, au delà des risques de pollution des sols et de l’eau, l’usage intensif d’engrais, pesticides et autres produits chimiques a pour conséquence d’amoindrir fortement la présence de microorganismes dans le sol. C’est ce qui a été démontré par une équipe de chercheurs suisses au terme d’une étude comparative longue de vingt-et-un ans.
Le sol est un véritable écosystème, un milieu riche en matières organique et minérale. Les microorganismes du sol (bactéries, champignons, vers…) dégradent les constituants du sol, fournissent les nutriments dont les plantes ont besoin et en facilitent l’absorption.
Une équipe de chercheurs suisses a évalué l’impact de l’usage de
pesticides sur la composition organique du sol. Ils ont effectué une série de cultures en alternant plusieurs types de plantations (pommes de terre, orge, blé d’hiver, betteraves et trèfle) sur des parcelles cultivées selon des méthodes traditionnelles et selon des pratiques biologiques interdisant tout traitement phytosanitaire. Pour laisser le temps aux microorganismes de se développer et au sol de se régénérer, l’expérience a été conduite sur plus de vingt ans.
Au terme de leur étude, ils ont examiné le contenu en matière organique du sol pour les deux types de cultures. Ils ont observé que la microfaune du sol était jusqu’à 25 % plus abondante et plus diversifiée dans les parcelles cultivées de manière biologique par rapport à celles ayant reçu des substances chimiques. L’usage intensif d’engrais, pesticides et autres produits chimiques a donc pour conséquence d’amoindrir fortement la présence de microorganismes dans le sol. Par effet d’entraînement, plus le sol sera pauvre en matière organique, plus les cultures auront besoin d’apports externes tels que des phosphates et des nitrates. Inversement, le développement de la microfaune permet un enrichissement du sol en nutriments et ainsi une meilleure fertilité.
Par ailleurs, les insectes, dont certains se nourrissant de divers parasites, étaient eux aussi plus nombreux sur les parcelles bio. Cette présence accrue d’insectes auxiliaires assure une meilleure protection des cultures et diminue l’intérêt d’utiliser des insecticides.
Selon les chercheurs, malgré une baisse de rendement de 20 %, l’agriculture biologique est économiquement rentable dans une gestion durable. En effet, la richesse du sol en microorganismes favorisée par des années de culture bio permet d’éviter les apports en fertilisants et les dépenses associées.
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Référence
A. FLIESSBACH et al. (2006), "Soil organic matter and biological soil quality indicators after 21 years of organic and conventional farming", Agriculture, Ecosystems and Environment, n°118, pp.273-284
Rédacteur
Mathieu Jahnich (D4E)
Auteur
e-meddiat, le webzine du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable