Les convecteurs sont encore majoritairement installés en Francecrédit :©
C. Magdelaine, notre-planete.info
L'association Energies et Avenir (1) vient de présenter les résultats d'une enquête réalisée auprès des maîtres d'ouvrage, particuliers et professionnels. Cette étude montre que les préoccupations écologiques et de confort en matière de chauffage pèsent peu face aux questions de financement.
Une forte majorité de particuliers et de constructeurs/promoteurs choisissent leur mode de chauffage en fonction du coût d'installation, à l'avantage de systèmes fortement émetteurs de gaz carbonique et peu compatibles avec les énergies renouvelables, comme le chauffage électrique direct.
"Les choix d'aujourd'hui dans le bâtiment résidentiel et tertiaire nous engagent pour les vingt cinq prochaines années », souligne Hervé Thelinge, Président d'Energies et Avenir. « Le recours systématique au chauffage électrique direct va limiter notre capacité à faire baisser les émissions de CO2 dans le bâtiment, car l'électricité utilisée pour le chauffage vient principalement des centrales thermiques. Le chauffage central à eau chaude (2) permet au contraire le développement des énergies renouvelables et accompagne les efforts consentis en matière d'isolation des logements » ajoute-t-il.
Les particuliers : une majorité aimerait un système de chauffage écologique et économe à long terme… mais y renonce face au coût d’installation
Conduite par la société Batim-Etudes,
l'enquête (format PDF) montre notamment que particuliers et professionnels considèrent qu'un système de chauffage doit allier le confort, une facture minimum et des énergies renouvelables, mais qu'une large majorité retient finalement le système le moins coûteux. Ainsi, une majorité de particuliers (58 %) faisant construire leur maison individuelle déclarent n’avoir pas choisi le système de chauffage qu’ils auraient souhaité. Ainsi, plus de la moitié d’entre eux (51 %) équipent leur maison individuelle avec un système de chauffage électrique direct (convecteurs, planchers et panneaux rayonnants) alors que ce système n’est considéré idéal que par 15 % d’entre eux. En revanche, 68 % préféreraient une solution utilisant la géothermie / pompe à chaleur air-eau ou le solaire, alors que ces deux solutions ne représentent que 2 installations sur 10, le solaire étant quasiment absent dans le système de chauffage (1 %) et symbolique dans la production d’eau chaude sanitaire (4 %).
Dans près de 80% des cas, la raison du renoncement au système souhaité est financière. D’autres raisons étant très rarement évoquées (autres priorités – 3 %, configuration du terrain – 3 %, etc.). Plus généralement, la raison déterminante du choix final d’un système de chauffage reste le coût de l’installation, nettement devant le confort et le coût d’utilisation. A noter que les questions d’environnement ne sont considérées comme déterminantes dans la décision finale que par 9 % des particuliers et les crédits d’impôts et aides publiques par 3 %.
Les constructeurs de maisons individuelles : comme chez les particuliers, un décalage entre les souhaits, les qualités attendues et les décisions finales
Les constructeurs de maisons individuelles interrogés par la même enquête ont retenu trois fois sur quatre lors de leurs dernières réalisations un système de chauffage électrique direct (convecteurs, panneaux rayonnants, planchers rayonnants). Les systèmes à eau chaude (gaz, fioul, géothermie, bois) sont donc très minoritaires. La raison de ce choix, comme pour les particuliers, est d’abord liée au faible coût d’installation cité comme critère majeur neuf fois sur dix. Le faible coût d’utilisation n’est cité que quatre fois sur dix et la protection de l’environnement deux fois sur dix.
Dans ce contexte, les mesures pour réduire la consommation énergétique des maisons sont essentiellement tournées vers le renforcement de l’isolation (les trois quarts des citations) et l’utilisation des énergies renouvelables est rarement citée (moins de 20 %) comme la mesure la plus efficace.
Pourtant, près de sept constructeurs de maisons individuelles sur dix citent la géothermie / pompe à chaleur air-eau comme le système idéal de chauffage. Et ils considèrent majoritairement que les principales qualités d’un système de chauffage sont le confort (pour deux constructeurs sur trois) et une facture de chauffage minimum (pour plus de la moitié d’entre eux).
Les promoteurs publics et privés : des logiques économiques différentes mais des jugements assez proches sur le système idéal et ses qualités
Les promoteurs interviennent aussi bien pour des logements individuels que collectifs.
Les promoteurs privés installent majoritairement du chauffage électrique direct (dans 70 % des cas) alors que les promoteurs publics préfèrent du chauffage au gaz ou au fioul (presque 7 fois sur 10 également). Ces choix sont très ancrés dans les pratiques professionnelles puisque 6 à 7 fois sur 10, aucune autre solution de chauffage n’a été étudiée.
Très logiquement, le coût d’installation prime pour les promoteurs privés (il est décisif dans 40 % des cas) alors que les critères de choix des promoteurs publics sont plus diversifiés et laissent bien entendu une place plus importante au coût d’utilisation et de consommation (deux à trois plus décisif dans le public que dans le privé).
Mais ce qui est sans doute plus intéressant, c’est que ces acteurs professionnels aux logiques économiques différentes se rejoignent dans leur perception du chauffage idéal et de ses qualités. Ainsi, que les promoteurs soient publics ou privés, l’installation de chauffage idéale utiliserait selon eux la géothermie / pompe à chaleur air-eau, le chauffage solaire ou le chauffage individuel au gaz ou au fioul (éventuellement avec des matériels récents comme les chaudières à condensation). Dans ce palmarès, les systèmes électriques directs sont cités en dernier.
Les propositions de l'association Energies et Avenir
Dans le cadre du débat public actuel du Grenelle de l'environnement, Energies et Avenir souligne le nécessaire rééquilibrage dans le bâtiment neuf en faveur du chauffage central à eau chaude, un système compatible avec les énergies renouvelables (géothermie, solaire, bois/biomasse, agrocombustibles...), approprié à une transition énergétique (il permet de changer d'énergie sans changer d'installation) et porteur d'économies d'énergie grâce aux matériels d'aujourd'hui (chaudières à condensation, pompes à chaleur, cogénération...) et de demain (micro-cogénération, pile à combustible, hydrogène...).
L'association plaide également pour la création d'un observatoire officiel des émissions de CO2 des différents systèmes de chauffage et pour la mise en place d‘incitations financières favorisant l'installation des matériels les plus performants dans le neuf et lors de la modernisation du parc existant.
En savoir plus
Notre dossier sur
les énergies renouvelables
En discuter sur
notre forum dédié à l'énergie dans l'habitatNotes
(1)
Energies et Avenir regroupe l'ensemble des professions de la filière du chauffage à eau chaude individuel ou collectif. Elle réunit les fournisseurs d'énergies, les organisations professionnelles du bâtiment, de l'exploitation maintenance et entretien, ainsi que les fabricants et distributeurs d'équipement. Six Français sur dix sont équipés avec ce type de chauffage.
La filière chauffage à eau chaude représente aujourd'hui un chiffre d'affaires de 75 milliards d'Euros et emploie 250 000 personnes en France.
(2) Le principe du chauffage à eau chaude (ou chauffage central) est une boucle dans laquelle circule de l'eau chauffée de 30°C à 60°C distribuée vers des émetteurs de chaleur (radiateurs ou planchers chauffants) qui diffusent la chaleur de l'eau dans les pièces. Le chauffage de l'eau est assuré par un générateur qui peut être une chaudière, des panneaux solaires, une pompe à chaleur, une cogénération, etc. L'ensemble est piloté par une régulation centralisée, de préférence programmable. Le chauffage à eau chaude est le système qui permet le mieux de mettre en place des systèmes durables à la fois multi-énergies, substituables et réservant une part croissante à la chaleur d'origine renouvelable.
Auteur
Energies et AvenirActualités connexes
14/11/2007
On s'active enfin un peu en France pour les maisons passives09/03/2007
La géothermie, grande oubliée des énergies renouvelables