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Un nouvel indicateur pour un nouveau regard sur le développement humain et le bien-être social

4635 lectures / 4 commentaires28/09/2007, 14:13 - mise à jour : 30/10/2007, 16:57
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Un nouvel indicateur pour un nouveau regard sur le développement humain et le bien-être social
Le géographe urbaniste Iuli Nascimento, responsable du programme d'indicateurs du développement durable à l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région d'Ile-de-France (IAURIF), explique les innovations de son travail de recherche et de construction d'indicateurs capables d'évaluer avec efficacité la qualité de vie des populations au niveau d'une région métropolitaine.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Selon Iuli Nascimento, l'Indice de Qualité de Vie et de Bien-être - IQVB permet de représenter la diminution ou l'augmentation des activités et des nuisances entraînées par le développement humain d'une région. Par ailleurs, il permet de dégager la responsabilité des acteurs et la compréhension de phénomènes complexes tout en prévoyant l'impact d'une politique publique. Nous avons souhaité en savoir plus...

Pourquoi créer un nouveau modèle pour représenter le bien-être ?

Iuli Nascimento

Après la Seconde Guerre Mondiale le concept de "développement" prend une grande importance et se défini par le niveau d'évolution industrielle apporté par la croissance économique. Cela voulait dire que, pour qu'un pays puisse être considéré comme "développé", il était nécessaire d'avoir une croissance économique significative tout au long d'une période. Ce concept réduit donc le développement à une simple représentation du revenu monétaire de la population, et par conséquent, à l'augmentation de la production de biens courants par habitant, ce qui provoque l'épuisement des ressources naturelles disponibles.
Les concepts de "croissance" et de "développement" ont une relation étroite et les économistes de l'après-guerre mesurent le développement économique d'un pays par le niveau de croissance du Produit National Brut (PNB) par habitant à prix constant. Indirectement, le PNB traduit une croissance du taux de consommation et d'épuisement des ressources naturelles par habitant.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Cette insuffisance explique donc l'apparition d'indicateurs de développement durable...

Iuli Nascimento

Oui, car nous devons changer notre comportement, anticiper les grands changements planétaires et proposer un nouveau modèle de développement qui ne pénalise pas l'évolution de la population humaine.
La Terre comptait en 1950 2,5 milliards d'habitants, en 2000, selon l'ONU, la population mondiale a atteint 6 milliards d'individus. Or, les projections de la Banque Mondiale annoncent 9,5 milliards pour l'année 2050. Aujourd'hui, environ 32% de la population mondiale vivent dans des bidonvilles et environ 24% de la population vit dans les limites de pauvreté. Dans des termes globaux, peu d'efforts ont été faits pour éviter les émissions de gaz polluants qui modifient la stabilité de notre climat et la désertification provoquée par l'utilisation indue de ressources dans les zones naturelles.
De surcroît, les inégalités territoriales et sociales croissantes peuvent produire des conflits graves entre différentes cultures. La population urbaine mondiale était de 733 millions de personnes en 1950 contre plus de 3 milliards en 2003, or les centres urbains ne sont pas préparés pour répondre aux besoins de cette croissance démographique sans précédent.
Le pétrole est devenu la représentation du bien-être des nations. Cette source d'énergie non renouvelable peut menacer la sécurité économique mondiale. Son utilisation provoque l'émission du principal gaz de l'effet de serre (CO2) qui contribue au réchauffement de la planète. C'est fondamental de diminuer son utilisation ou d'améliorer la performance technique des véhicules hybrides, ceux qui sont capables de fonctionner avec plusieurs types de combustible, et de favoriser la recherche dans le domaine des sources d'énergies renouvelables.

À partir des années 60, le concept de développement suggérait des objectifs à atteindre et des moyens à mettre en place : rythme de l'urbanisation, niveau d'alphabétisation et de culture, réduction des inégalités sociales, taux de chômage et niveau de pauvreté de la population.

À la fin des années 80, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) proposait un nouvel indice : l'Indicateur de Développement Humain - IDH en plaçant l'homme au centre du développement. Mais dès qu'il s'agit de définir ce que recouvre "le développement", il apparaît des lacunes notamment au niveaux environnemental et social. Cette complexité a amené l'ensemble de la société à reconsidérer le développement humain et la croissance économique dans une dimension socioculturelle, et à intégrer la notion de qualité de la vie et de bien-être de la population.
Ainsi sont nés les indices de développement humain (IDH), de pauvreté humaine (IPH) et de participation féminine (IPF), qui ne se bornent pas seulement à l'angle économique du Produit Intérieur Brut (PIB). Ces indices représentaient pour l'époque une grande innovation, aujourd'hui, dans le cadre du développement durable, ils ne répondent pas suffisamment à nos besoins de compréhension de phénomènes complexes.

Pour prévoir des actions sont nécessaires des instruments d'observation et de suivi des politiques publiques. Bien que le choix des indicateurs et des méthodes statistiques de normalisation soit subjectif, ces instruments sont d'une grande aide pour assurer une appréhension globale de l'écosystème régional. Cette subjectivité ne fragilise pas les méthodes d'indicateurs synthétiques du type IDH, IPH, Indice de bien-être... Car de cette subjectivité naît la polémique, donc le débat, nécessaire à toute société.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Pourquoi la région Ile-de-France a-t-elle créé un programme d'indicateurs de développement durable ?

Iuli Nascimento

La région Île-de-France prétend devenir la première région écologique d'Europe. Pour atteindre un tel objectif, elle a besoin d'instruments de contrôle et d'évaluation des politiques publiques. Il s'agit d'analyser les évolutions récentes de l'écosystème régional et de fournir un tableau cohérent à leurs politiques sectorielles (collecte des déchets, traitement des eau usées et des égouts, déplacement urbains…). Ces indicateurs font partie d'une série d'instruments stratégiques de planification, propices au développement durable. Ils permettent une observation sectorielle et transversale (interdisciplinaire). Aujourd'hui, le constat est fait que l'exclusion sociale, le développement économique et l'écologie sont étroitement liés. Traiter les sphères sociale, économique et environnementale de manière intégrée est donc une nécessité des sociétés modernes.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Mais ils existent déjà des indicateurs pour suivre le développement durable d'une région...

Iuli Nascimento

Oui, mais ils restent partiels. Par exemple, "l'empreinte écologique" mesure seulement la qualité globale de l'écosystème urbain par le biais de l'énergie, cet indice ne nous informe pas sur la qualité globale de l'écosystème régional dans son ensemble. Par ailleurs, les données utilisées dans ce calcul ne sont pas normalisées et ne dégage pas la responsabilité des acteurs polluants sur un territoire. Toutefois, en tant qu'indicateur de communication et de sensibilisation, il est assez puissant.
A la notion d'empreinte (ce que nous prenons à la nature) est associée celle de bio capacité (ce que nous rend la nature) ou la capacité de régénération des écosystèmes (eau, air, carrières, matériaux du sous-sol...). L'empreinte écologique peut être calculée à l'intérieur et à l'extérieur des limites administratives d'un territoire ou d'un pays. Elle peut, également être calculée pour une collectivité locale ou une entreprise. Le calcul de l'empreinte écologique permet d'approcher la bio capacité d'un territoire et de mobiliser les moyens nécessaires pour limiter et/ou rationaliser la consommation des ressources extérieures.
L'objectif est de mieux d'analyser pour réduire et/ou compenser la consommation de ces ressources naturelles des régions ou les pays voisins.

Pour anticiper sur les grands changements planétaires et préparer l'avenir de la région de Ile-de-France, le Conseil Régional a sollicité l'IAURIF dans la construction de ce programme d'indicateurs de développement soutenable. Nous avons fait une sélection des indicateurs de l'Union Européenne, de l'Institut Français de l'Environnement (IFEN), INSEE, et des indicateurs techniques spécifiques à la région de Île-de-France. Avec l'apport de la Mission d'Informations et de Prévention de l'Exclusion Sociale (MIPES), nous avons régionaliser les Indicateurs de Développement Humain (IDH), de pauvreté humaine (IPH) et de participation féminine (IPF), proposés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Actuellement une base d'indicateurs est disponible et en constante évolution.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Comment peut-on identifier la qualité écologique d'une région dans un indicateur ?

Iuli Nascimento

Nous développons une logistique pour régionaliser l'indice de bien-être des nations proposé par le consultant canadien Robert Prescott-Allen et adapté à notre réalité. Pour appréhender un territoire la méthode de calcul prend en compte la dimension humaine (santé et population, condition de vie, éducation et culture, collectivité et égalité, dette de la collectivité, inflation, chômage...) et la dimension écologique (air, eau, occupation et utilisation du sol, utilisation de sources naturelles...). Après normalisation des indicateurs utilisés pour le calcul, deux indices sont corrélés (Indice de qualité de vie et indice de qualité de l'environnement) et il en résulte un indice de bien-être de la population francilienne.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Ces indices sont ils interdépendants ?

Iuli Nascimento

Complètement. Par exemple, la biodiversité influe en même temps sur la qualité de l'écosystème et sur la santé. Les 80 indicateurs sont notés entre 0 et 100, rapportés et pondérés les un avec les autres, avec des niveaux d'importance variant entre 1 et 4 en fonction de l'indicateur. Cette pondération est totalement subjective : le bien-être n'est pas un concept universel. C'est nécessaire alors, de trouver un consensus entre les spécialistes de différentes disciplines. Pour un grand nombre d'indicateur les notations et les pondérations se font en fonction des directives européennes.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Quel est l'essentiel dans ce nouvel indice de bien-être ?

Iuli Nascimento

Cet indice synthétique offre un regard nouveau et global sur des concepts qui semblaient consensuels comme la notion du bien-être, du développement, de pauvreté humaine, d'exclusion sociale. L'Indice de Qualité de Vie et de Bien-être - IQVB permet de représenter la diminution des activités et les responsabilités des acteurs. Les responsables politiques peuvent, ainsi, focaliser les dysfonctionnements, comprendre les phénomènes et prévoir l'impact d'une politique publique par une simulation des données qui composent l'indice. Les indicateurs de développement soutenable fonctionnent comme des alarmes, mais ils ne se substituent pas à des indicateurs indépendants pour commentaire et analyse de problèmes plus ponctuels.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

L'Indice de Qualité de Vie et de Bien-être est-il applicable pour d'autres territoires ?

Iuli Nascimento

Oui, après un an de travail dans la méthodologie de calcul du bien-être, l'indice devra être opérationnel à la fin 2007. La région du Nord-Pas-de-Calais, les départements de Seine-Saint-Denis et d'Essonne, ainsi que plusieurs régions européennes se joignent à nous pour valider la méthode et à participer au projet pilote. Nous aurons ainsi un instrument de comparaison de la qualité de vie et de bien-être entre différentes régions métropolitaines.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Les pays en développement peuvent-ils également s'appuyer sur cette méthode pour définir leur indice de qualité de vie et de bien-être ?

Iuli Nascimento

La méthodologie est applicable partout, il suffit de disposer des mêmes indicateurs pour les comparaisons. Tout cela dépendra de la disponibilité des données pour les comparaisons. La méthode a été élaborée avec la préoccupation de faire des comparaisons internationales, même si nous ne disposons pas de tous les indicateurs communs aux métropoles, le calcul peut être réalisé avec les indicateurs en commun disponibles.

Les indicateurs du PNUD (IDH + IPH + IPF) peuvent être facilement applicables aux pays en développement. L'empreinte écologique aussi peut être calculée sans grandes difficultés. En ce qui concerne l'indice de qualité de vie et de bien-être, il pourra être appliqué à toutes réalités, une fois que les indicateurs seront normés (notations et pondérations) et que spécialistes des autres pays auront trouvé un consensus entre les méthodes de normalisation et pondération.

Pour conclure, la Région Ile-de-France a besoin de cet ensemble d'indicateurs composites pour mener à bien la mise en place effective du projet d'écologie politique d'écorégion.
Plus globalement, traiter les sphères sociale, économique et environnementale de manière intégrée est une nécessité des sociétés modernes.

C.Magdelaine (notre-planete.info)

Merci Iuli Nascimento pour votre témoignage sur vos travaux.

En savoir plus

Notre dossier sur le développement durable à l'échelle régionale
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Auteur

Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)
4 commentaires sur cette actualité !
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Iuli Nascimento - 03/10/2007, 10:38
Je comprends votre position, mais visiblement vous n'avez pas bien saisi les enjeux de ces indices et votre jugement me paraît un petit peu rapide.
Patrice ALBERT à Marseille - 02/10/2007, 17:37
Autant les notions d'empreintes écologiques, pouvant devenir des indices - puisqu'il s'agit derrière pour l'essentiel, d'évaluer des flux de matières' d'énergie et de GES - nous parlent et peuvent constituer des instruments efficace pour agir afin de créer un environnement de "bien être durable", autant un indice général de bien être et de qualité de vie me parait fumeux et contestable, voire dangereux . Cela ressemble à une déshumanisation, une réification de la vie de l'homme et donc de l'homme, dont la qualité ( de vie ) ne pourra jamais se résumer à un indice . Un délire de la technostructure, qui se pare des vertue de la raison raisonnante .
iuli Nascimento - 01/10/2007, 09:45
D'abord il faut attibuer un poids à l'indicateur variant de 1 à 4. Ensuite l'interpolation linéaire prendra en compte la valeur pondérée dans le calcul de l'indice de bien-être final.
André PETIT - 01/10/2007, 08:15
Comment dans l'évaluation de l'indice de bien-être, un facteur particulièrement défavorable est-il pris en compte ? Supposons par exemple qu à Roissy, on soit parviennu à satisfaire la plupart des besoins de bien être sauf en ce qui concerne le bruit. Quelle sera la valeur de l'indice global (s'il y en a un) ?
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