Le bruit, nuisance fortement ressentie par la population, vient enfin de faire l'objet d'une étude régionale qui met en évidence des conséquences sanitaires significatives : des "résulats inattendus" selon son instigateur.
Les populations, qui se concentrent de plus en plus dans les villes et notamment dans les grandes agglomérations sont davantage exposées aux nuisances comme la pollution atmosphérique et le bruit, or, cette dernière devient de plus en plus préoccupante. En effet, en Ile-de-France, le bruit représente la première source de nuisance selon la population : durant la journée, près de 39% des ménages franciliens perçoivent le bruit comme une nuisance et ils sont encore 24% à être gênés la nuit (enquête Logement 2002).
Les activités, les transports, mais aussi la proximité et la mauvaise isolation des logements participent à cette gêne, mal mesurée mais dont les incidences sur la santé commencent enfin à être estimés.
Ainsi, pour la première fois, une étude à grande échelle, relayée par le quotidien
20 minutes a été menée au niveau de l'Ile-de-France par le docteur Jean-marie Cohen, responsable du projet Bruit et Santé pour le cabinet d'études
Open Rome.
Le bruit a des conséquences notables sur la santé
Les premiers résultats de cette enquête, qui a mobilisé 78 médecins franciliens et 4391 patients, montre que le bruit est aussi un problème de santé publique.
C'est en rapprochant l'état de santé avec l'exposition au bruit des enquêtés que des données assez alarmantes sont apparues. "Chez les patients habitant des domiciles très exposés (bruit routier d'au moins 65 dB, survol d'avions à moins de 2 000 m, point noir ferroviaire) des troubles de la tension artérielle ont été mis en évidence chez les hommes actifs. On trouve ainsi 5,6 fois plus de cas d'hypertension chez les 40-69 ans quand leur logement est survolé par des avions à moins de 1 000 m. L'étude relie aussi l'exposition au bruit urbain à une plus grande fréquence des hospitalisations et des arrêts de travail chez les femmes, et des états anxieux chez les deux sexes" selon 20 minutes.
Selon le Docteur Jean-marie Cohen, cité par 20 minutes, "le bruit, a dose importante, a des effets sur la santé, particulièrement sur le stress. L’élément le plus probant, c’est la conséquence du bruit sur l’hypertension artérielle. D’autres études, à la méthodologie différente, viennent aussi de le prouver. On peut donc affirmer qu’il existe un lien entre les deux. Il y a également des conséquences sur le sommeil, mais elles sont plus compliquées à démontrer (...) En ce qui concerne les troubles du comportement, de type dépression et hyperconsommation de médicaments, on a découvert une surreprésentation des hospitalisations et arrêts de travail chez les femmes de 15 à 69 ans. Mais il va falloir aller plus loin dans les recherches pour confirmer et expliquer les liens de cause à effet."
Une première étude qui met en évidence le manque de données sur le bruit
Cette étude représente une première base de travail pour évaluer les conséquences sanitaires du bruit et les liens qui peuvent exister entre les deux. Cependant, l'étude souffre encore d'un manque de données sur les niveaux sonores rencontrés en Ile-de-France et sur l'exposition des franciliens au quotidien. "A l’avenir, il va falloir travailler avec des dosimètres individuels, pour obtenir des données sur l’exposition au bruit des personnes à différents moments de la journée" a ajouté le Docteur Jean-marie Cohen, de la même façon qu'Airparif procède actuellement pour évaluer l'exposition individuelle à la pollution atmosphérique.
Pour aider à l'évaluation de l'exposition au bruit en Ile-de-France, le Conseil Régional a initié la création de
Bruitparif : l'observatoire du bruit en Ile-de-France. "Né officiellement le 23 octobre 2004, l’observatoire est entré dans sa phase opérationnelle avec notamment la réalisation d’une première grande campagne de mesure du bruit à l’échelle régionale et l’aide aux collectivités locales en matière de réalisation des cartes stratégiques de bruit sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, conformément à la directive européenne du 25 juin 2002" a indiqué son président, Pascal Marotte, Conseiller régional. Celui-ci a ajouté qu'une vaste campagne de mesure sur 250 points dans la région va être initiée dès demain.
En Ile-de-France, selon
l'IAURIF, 360 000 personnes souffrent de nuisances sonores supérieures à 70 dB et 2,5 millions d'habitants sont survolés par des avions à moins de 3 000 m d'altitude.
Le bruit : une fatalité ?
Si le bruit est une réalité, force est de constater que la multiplication des engins motorisés en est la première cause. Au delà de l'automobile et de l'avion souvent cités à juste titre, c'est aussi chez les particuliers (multiples équipements électriques pour le bricolage, non respect du voisinage), dans les jardins (tondeuses à essence, coupe-haies électriques, bineuses électriques...), dans les parcs et sur la chaussée (souffleur aspirateur de feuilles, débroussailleuse...) que le bruit ne cesse de s'intensifier. Or, dans la grande majorité des cas, il n'est pas nécessaire de s'équiper de tels engins - qui participent d'ailleurs à l'émission de gaz à effet de serre - pour entretenir nos espaces... D'autant plus que nous souffrons d'un manque d'exercice et d'une obésité croissante.
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)