Le débat relatif à «l’interférence anthropogénique dangereuse dans le système climatique» s’est, jusqu’à maintenant, presque exclusivement concentré sur l’augmentation générale des températures, non sur le rythme de cette augmentation. Or, ce second aspect des changements en cours apparaît important dans l’évaluation de ce qu’en seront les conséquences.
Cet aspect du problème a été considéré, lorsque la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) a été signée en 1992. L’idée avait été avancée d’une nécessaire stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à l’intérieur d’une période de temps qui permettrait aux écosystèmes de s’adapter et au développement économique de se poursuivre, ainsi que de préserver la production alimentaire. Cet appel relatif au rythme du changement n’a cependant pas été porté par les scientifiques et les hommes politiques.
Le nombre d’études qui s’intéressent aux conséquences du rythme du changement climatique est très faible. Elles ne laissent planer aucun doute sur le fait que le rythme de changement attendu durant le siècle excédera la capacité de nombreux animaux et plantes à migrer ou s’adapter. En 2004, Leemans et Eickhout ont établi que la capacité adaptative décroissait rapidement avec un rythme de changement climatique s’accroissant. Ainsi, selon leur étude, 5% de tous les écosystèmes ne pourraient pas s’adapter si la vitesse du changement était supérieure à 0,1°C par décennie. Les forêts seraient parmi les premiers écosystèmes à expérimenter cette difficulté parce que leur capacité à migrer en restant dans la zone climatique à laquelle elles sont adaptées est limitée. Si le rythme est de 0,3°C par décennie, 15% des écosystèmes ne pourront pas s’adapter. Si le rythme excède 0,4°C par décennie, tous les écosystèmes seront rapidement détruits, des espèces opportunistes domineront, et la décomposition du matériau biologique conduira à des émissions encore plus importantes de CO2. Cela accroîtra en retour le rythme du réchauffement. Selon le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), la température moyenne globale aujourd’hui s’accroît de 0,2°C par décennie.
Il y a par ailleurs un risque que le changement climatique accroisse la probabilité de changements vastes et irréversibles, tels que l’affaiblissement du Gulf Stream et la fonte des calottes glaciaires du Groenland. Les changements rapides augmentent aussi le risque de déclenchement de mécanismes de rétroaction positive qui entraîneront une augmentation encore plus importante du rythme et du niveau de changement de température.
Ces résultats peuvent avoir d’importantes implications en ce qui concerne le choix des mesures à adopter face au changement climatique. Si l’on fixe le niveau à ne pas dépasser à 2°C, de nombreux moyens différents relatifs aux émissions pourraient être adoptées à cette fin. Mais ces moyens diffèreraient sensiblement si l’on prenait en compte le rythme de survenue des changements, plus particulièrement sur les quelques prochaines décennies.
S’intéresser au rythme du changement impliquerait que l’on concentre un peu plus l’action sur les gaz à effet de serre de vie courte, tels que le méthane et l’ozone troposphérique, et des particules ayant un effet en terme de réchauffement, telles que la suie. Cela signifierait aussi une plus grande attention portée au moyen terme (les quelques prochaines décennies), étant donné que les changements les plus rapides interviendraient durant cette période.
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