C'est le 31 octobre 2002 que le programme Apheis a communiqué les résultats d'une évaluation d’impact sanitaire (EIS) de la pollution atmosphérique conduite en 2001 dans 26 villes de 12 pays européens dont la France. Apheis (Air Pollution and Health : An European Information System) est cofinancé par la Direction Générale Santé et Protection des Consommateurs de la Commission Européenne et par les institutions participantes au programme dans chaque ville.
L’étude Apheis, intitulée " Evaluation de l’Impact Sanitaire Lié à la Pollution Atmosphérique dans 26 villes européennes " montre que la pollution atmosphérique demeure une préoccupation de santé publique en milieu urbain, et ce en dépit de normes d'émission plus sévères, d’une meilleure surveillance de la pollution atmosphérique, et de la diminution des niveaux de certains types de polluants atmosphériques.
Dans l’objectif de favoriser la prise de décision sur la base du développement des connaissances scientifiques, le nouveau rapport Apheis permet de fournir simultanément des informations détaillées aux décideurs locaux dans les villes concernées et une vision globale aux décideurs intervenant au niveau européen.
Le programme Apheis est coordonné par l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) de Saint-Maurice en France et par l’Institut Municipal de Salut Publica de Barcelone (IMSPB) en Espagne.
De faibles réductions des niveaux ambiants de pollution atmosphérique peuvent avoir un impact non négligeable sur la santé publique.
Dorènavant, la plupart des villes européennes disposent de mesures journalières de pollution particulaire grâce à l’un des deux indicateurs suivants :
PM10 (particules d’un diamètre inférieur à 10 micromètres) ou
indice de fumées noires (particules noires d’un diamètre inférieur à 4 micromètres). Les niveaux de pollution atmosphérique sont exprimés en microgrammes par mètre cube (µg/m3), soit une masse de particules pour un volume d’air donné.
Les niveaux de pollution particulaire, que ce soit pour les PM10 ou les fumées noires, varient largement à travers l’Europe. Les niveaux moyens annuels dans les villes Apheis sont compris entre 14 et 73 µg/m3 pour les PM10, entre 8 et 66 µg/m3 pour les fumées noires.
De nombreuses études conduites en Europe et dans d’autres parties du monde, montrent que de tels niveaux de pollution entraînent un risque pour la santé. Les résultats d’Apheis montrent qu’une réduction, même minime, de ces niveaux, apporteraient un gain sanitaire non négligeable.
En particulier, 11 855 décès anticipés (43 décès anticipés pour 100 000 habitants) pourraient être évités chaque année, si la valeur limite de 20 µg/m3 de PM10, imposée par la Commission Européenne à l’horizon 2010 pour une exposition à long terme aux PM10, était respectée dans les 19 villes (32 millions d’habitants) mesurant ce polluant.
De plus, pour ces mêmes villes, 5 547 décès anticipés (19 décès anticipés pour 100 000 habitants) pourraient être évités chaque année si l’exposition à long terme aux PM10 était réduite de seulement 5 μg/m3, même dans les villes les moins polluées.
Les résultats de l’étude montrent également qu’au moins 15% de ces décès pourraient être évités si l’exposition à court terme aux PM10 était réduite de 5 µg/m3.
Concernant l’indice des fumées noires, selon une étude de cohorte hollandaise publiée récemment, les effets de l’exposition à long terme à ce polluant seraient similaires à ceux observés pour les PM10. Néanmoins, en l’absence de fonctions exposition / risque pour les effets à long terme de ce polluant au moment de réaliser l’étude, les résultats présentés ne concernent que les effets à court terme des fumées noires et ne correspondent donc qu’à une faible partie de l’impact réel du polluant.
La deuxième partie de l’évaluation d’impact sanitaire montre que, pour les 15 villes européennes qui mesurent l’indice des fumées noires et qui totalisent une population de 25 millions d’habitants, 577 décès anticipés pourraient être évités chaque année si l’exposition à court terme à ce polluant était réduite de 5 µg/m3 (3 décès anticipés pour 100 000 habitants).
Ces résultats montrent que même une très faible réduction des niveaux de pollution atmosphérique, telle que 5 μg/m3, a un effet bénéfique sur la santé publique et justifie la mise en place de mesures préventives y compris dans les villes présentant de faibles niveaux de pollution.
Ces résultats sont concordants avec ceux d'autres organismes et constituent un élément supplémentaire sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé des populations.
Le rapport Apheis souligne également qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact sur la santé publique des risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique, même si ces risques s’avèrent moins importants que les risques liés au tabagisme et à l’obésité, entre autres. En effet, si sur ces derniers facteurs de risque l’individu peut agir, sur la pollution atmosphérique les individus ont peu de contrôle, elle est omniprésente et toute la population est exposée.
En savoir plus :www.apheis.orgActualités connexes
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)