Détroit de Douvrescrédit : NASA/GSFC/MITI/ERSDAC/JAROS,
and U.S./Japan ASTER Science Team
Selon une équipe de chercheurs basés en Angleterre, la Grande-Bretagne serait devenue une île suite à une inondation colossale qui l'aurait séparée du continent européen.
C'est la revue scientifique Nature qui fait l'écho du travail de trois scientifiques de l'Imperial College London et un responsable du Bureau hydrographique du Royaume-Uni(1). L'équipe, menée par Sanjeev Gupta un géologue, a mis en évidence de solides témoignages géologiques d'une époque cataclysmique où l'actuelle île constituée de l'Angleterre, de l'Ecosse et du pays de Galles aurait été séparée du continent au dernier âge glaciaire.
Cette théorie n'est pas nouvelle puisque cela fait plus de 20 ans(2) que des scientifiques avaient préssentis que le détroit de Douvres était le résultat d'une inondation massive, toutefois sans preuves géologiques tangibles. Aujourd'hui les preuves existent d'après l'équipe anglaise.
Pour vérifier cette théorie, Sanjeev Gupta et son équipe ont exploité les données du Bureau hydrographique du Royaume-Uni qui dresse des cartes des fond-marins pour sécuriser la navigation dans la Manche. En complétant les informations existantes avec des relevés par GPS et des mesures sonar hautes résolutions, les scientifiques ont pu reconstituer une image en trois dimensions de cette région caractérisée par une gigantesque vallée large de dizaines de kilomètres et profonde d'une cinquantaine de mètres creusée dans le fond crayeux de la Manche. Cette marque laisse penser au passage d'un puissant torrent dans une roche tendre.
Il y a des centaines de milliers d’années, une barrière rocheuse, connue sous le nom de Weal-Artois s'étendait entre Douvres et Calais. Cette bande de terre entre l'Angleterre et la France, d'environ 45 km de large permettait notamment aux premiers Hommes et mammifères de migrer.
Au nord-est de cette digue naturelle, l'avancée des glaciers venus de Scandinavie dans l'Atlantique Nord avait engendré un immense lac glaciaire alimenté par des fleuves comme le Rhin et la Tamise.
Or, il y a environ 425 000 ans, la fonte des glaces a entraîné la montée des eaux de ce lac qui s'évacuèrent par le détroit de Douvres avec une force estimée à environ un million de mètres-cube d’eau par seconde (le débit actuel de l'Amazone, le plus puissant, est de 150 000 mètres-cube d’eau par seconde).
200 000 ans plus tard, durant le dernier âge glaciaire, le même phénomène se reproduisit avec une puissance peut-être inégalée sur Terre, plus forte encore que la première fois. Le lac glaciaire créé correspond à l'emplacement actuel de la Mer du Nord. Cette deuxième catastrophe détruisit complètement la barrière rocheuse qui devint alors le détroit de Douvres que nous connaissons.
L'Angleterre était devenue une île qui ne fût ensuite reliée au continent qu'à la suite de baisses très fortes du niveau de la mer.
Dans un commentaire publié dans la revue, le professeur Philip Gibbard, géologue à l'Université de Cambridge, a salué cette étude à laquelle il n'a pas participé, affirmant: "Il n'est pas exagéré de dire que cette inondation était probablement (...) une des plus importantes jamais identifiées (...) et elle a eu des conséquences géographiques profondes à long terme".
Un autre expert extérieur, le professeur Chris Stringer, paléontologue au Musée d'histoire naturelle de Londres, a également accueilli positivement ce rapport. "Le moment et la méthode de formation de la Manche font depuis longtemps l'objet de discussions -c'est ce qui a fait de la Grande-Bretagne ce qu'elle est aujourd'hui géographiquement- et les éléments présentés dans cet article sont spectaculaires", a-t-il déclaré à l'Associated Press.
L'équipe de Sanjeev Gupta souligne toutefois que de nombreuses précisions doivent être apportées et que des interrogations subsistent quant à l'impact de ces deux cataclysmes sur les migrations humaines. Sur ce dernier point, Sanjeev Gupta conclut que ce phénomène "permet en effet d'expliquer les raisons qui ont amené le Royaume Uni à devenir une île et pourquoi la première occupation humaine de l'Angleterre s'est arrêtée brutalement pendant près de 120 000 ans".
Enfin, Cette découverte présente de nombreuses similitudes avec les traces des inondations du lac glaciaire Missoula, aux Etats-Unis, mais aussi avec l'étrange relief de la planète Mars.
Références
(1) Gupta, S., et al. Nature 448, 342-345 (2007)
(2) Smith, A. Marine Geology 64, 65-75 (1985)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)