Un rapport de la Banque Mondiale sur la pollution atmosphérique qui fait état de 750 000 décès prématurés par an en Chine, fâche les autorités qui redoutent des tensions sociales. Les parties jugées confuses ou insuffisamment fiables ont été supprimées et notamment celle de l'estimation du nombre de morts représentée cartographiquement.
Le rapport de la Banque Mondiale "Le coût de la pollution en Chine : estimations économiques des préjudices physiques", pourtant élaboré en partenariat avec les ministères chinois a été en partie censuré suite à la pression des autorités du pays qui craignent des tensions sociales en regard des chiffres et des cartes avancées par les rédacteurs. C'est en tous cas ce que révèle le Financial Times.
En effet, ceux-ci annoncent qu'environ 750 000 personnes décèdent prématurément chaque année dans le pays, en majorité à cause de la pollution atmosphérique dans les grandes villes.
Près d'un tiers du rapport, qui n'est pas encore officiellement paru, a ainsi été supprimé ; il en reste
une version disponible sur Internet suite à la conférence de Pékin en mars. Ce sont l'agence nationale chinoise pour la protection de l’environnement (SEPA) et le ministère de la Santé qui ont demandé à la Banque mondiale de supprimer les chiffres sur les coûts humains de la pollution d'une première version du rapport achevée l'année dernière, ont fait savoir des conseillers de la Banque et des responsables chinois : "la Banque mondiale s'est vu demander de surseoir à leur publication, car elles sont jugées de nature à provoquer des troubles sociaux", a confié au Financial Times l'un de ces conseillers.
Cependant, ces estimations avaient déjà été dévoilées oralement lors de la conférence conjointe avec la Banque mondiale en mars à Pékin dont les médias chinois ont d'ailleurs fait l'écho.
La partie du rapport qui a été censurée montrait notamment la répartition des décès prématurés :
- 350 000 à 400 000 sont dus aux niveaux de pollution dans les villes
- 300 000 autres sont entraînés par la mauvaise qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments
- 60 000 sont imputables à la pollution de l'eau.
Ces chiffres ne sont pas démentis par les autorités chinoises, toutefois, selon Guo Xiaomin, un ancien responsable de l'Agence pour l'environnement, aujourd'hui à la retraite, qui a coordonné les travaux de l'équipe chinoise de chercheurs, l'omission de certaines données dans le rapport sur la pollution s'explique par les doutes sur la fiabilité de la méthodologie employée.
Dans un communiqué publié mardi 3 juillet par la Banque Mondiale, celle-ci a indiqué que "certaines estimations sur l'impact physique aussi bien que des calculs sur le coût économique ont été retirés de l'avant-projet en raison de certaines incertitudes sur les méthodes de calcul et leur application".
"Conformément à l'approche adoptée par la Banque mondiale à l'égard de ce genre de projet de recherches conjointes, les conclusions de ce rapport sont actuellement en discussions avec le gouvernement", a ajouté le communiqué.
Des chiffres exceptionnels ?
750 000 morts prématurés, c'est colossal mais finalement moindre qu'en Europe si l'on rapporte ces chiffres à la population et à la pollution concernée. En effet,
selon des études recensées en 2005 et relayées par la Commission européenne, quelque 400 000 Européens meurent prématurément chaque année à cause de la pollution atmosphérique (particules et ozone troposphérique). Si l'on s'en tient aux conclusions du rapport concernant la Chine, 350 000 à 400 000 décès prématurés seraient dus à la pollution dans les villes, soit autant que dans l'Union européenne qui compte pourtant 490 millions d'habitants contre plus d'1,3 milliard pour la Chine...
Bien sûr, il est possible que l'estimation faite pour la Chine soit moins fiable que celle faite pour les pays européens dont les réseaux de surveillance sont plus aboutis et nombreux. De plus, il faudrait comparer la perte d'espérance de vie induite.
Au final, la croissance formidable de la Chine s'accompagne inévitablement d'une pollution majeure qui fait de ce pays le plus dynamique au monde,
le premier émetteur de CO2 devant les Etats-Unis et celui qui comprend 16 des 20 villes les plus polluées du monde selon un précédent rapport de la Banque mondiale.
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12/04/2006
Pollution atmosphérique dramatique à PekinAuteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)