Dans une interview accordée à
tf1.fr, Mohamedou Ba responsable "Qualité de l’air et climat" à l'
IFEN - Institut Français de l'Environnement, revient sur le phénomène de la diminution de la couche d'ozone et de la mobilisation internationale qu'il a suscitée.
tf1.fr : En quoi consiste le trou dans la couche d’ozone ?Mohamedou Ba :
"Le terme de trou est jugé impropre par les scientifiques. Il s’agit en fait d’une diminution de la couche d’ozone, constatée depuis 1985. Il y a deux types d’ozone dans l’atmosphère. Celui qui existe naturellement dans la stratosphère, à 40km d’altitude et au-delà, joue un rôle écran en filtrant les ultraviolets (U.V.) et les empêchant de pénétrer dans l’atmosphère terrestre. Et il existe l’ozone artificiellement produit par les activités humaines dans la troposphère, la couche basse de l'atmosphère. Il a un effet néfaste sur la santé des gens et sur les plantes. C’est la diminution de la première forme d’ozone qui est préoccupante : elle peut atteindre jusqu’à 50%, en général en hiver et au printemps, et surtout, dans les pôles."tf1.fr : Quelle en est la cause ?M. B. :
"La destruction de l’ozone est due à des composés rejetés dans l’atmosphère par les hommes, à savoir les CFC, les chloro-fluoro-carbures, le chlore, utilisé dans les appareils frigorifiques, le bromure, qui entre dans la fabrication des pesticides, et les halons, contenus dans les mousses pour éteindre les incendies." tf1.fr : Pourquoi les pôles sont-ils principalement touchés ?M. B. :
"Le froid intense ainsi que les tourbillons polaires favorisent la diminution de la couche d’ozone dans ces régions du globe et surtout en Antarctique. D’autres diminutions, en quantités extrêmement faibles, sont également constatées partout dans le monde. Mais les effets de la diminution de la couche d’ozone en Antarctique se font ressentir au niveau global. Plus d’UV entrent dans l’atmosphère basse, provoquant conjonctivites et brûlures superficielles pour les expositions courtes au soleil et cancers de la peau pour les expositions longues. On estime qu’une baisse de 1% de la couche d’ozone pourrait provoquer 20% de cancers de la peau supplémentaires d’ici à quelques années."tf1.fr : Quelles mesures ont été mises en place ?M. B. :
"Une première solution consistait à laisser s’échapper ces composés dans la stratosphère et soit les transformer avant qu’ils détruisent l’ozone, soit à créer de l’ozone mais cette dernière idée n’était pas tenable industriellement en termes de coûts et de risques pour l’environnement. La deuxième solution, qui a prévalu, a consisté à interdire les composés incriminés — par la convention de Vienne en 1985 puis le protocole de Montréal en 1987 — et à trouver des produits alternatifs, comme les HCFC et les HFC."tf1.fr : Qu’en est-il aujourd’hui ?M. B. :
"Les pays développés ont tenu leurs engagements dans les délais qui leur étaient fixés et à l’horizon 2010, la suppression de la production de CFC et de halons sera totale à l’échelle planétaire, y compris dans les pays en développement. Pour la plupart des scientifiques, la diminution de la couche d’ozone est un problème en voie de résolution à la fois en termes de production et d’utilisation. Restent que certains produits utilisant ces composés ne sont pas encore tous recyclés et que certains déchets sont potentiellement dangereux. D’autant que la durée de vie de ces produits est très longue, jusqu’à 100 ans pour le chlore. On estime qu’il faudra un demi siècle pour que l’ozone retrouve son niveau de 1980."Auteur
TF1