
crédit : © C. Magdelaine, notre-planete.info
Mollusques d’eau douce et canicule ne font guère bon ménage. C’est ce qu’a révélé une récente étude menée par un chercheur du Cemagref dans les eaux de la Saône. Les résultats obtenus sont très préoccupants pour l’avenir de la faune aquatique de nos cours d’eau.
Les invertébrés d’eau douce, et plus particulièrement les mollusques, sont les sujets d’étude de Jacques Mouthon depuis plus de 30 ans. Ses travaux à la croisée de la biologie et de l’écologie l’ont conduit à effectuer des relevés dans de nombreux milieux d’eau douce de France. Il a pu ainsi mesurer l’impact des pollutions sur la vie aquatique ou encore suivre l’extension d’espèces invasives. Depuis peu, un autre phénomène majeur le préoccupe. Il s’agit de l’impact du réchauffement climatique, et encore plus celui de la canicule 2003, sur la faune aquatique.
Réchauffement climatique et vie aquatique
Au Cemagref, dès la fin de l'année 2000, des travaux menés sur le Rhône ont permis d’observer des changements dans la structure des communautés de poissons et d’invertébrés liés au changement climatique (Daufresne et al, 2003). Les chercheurs ont analysé de longues séries de données acquises entre 1979 et 1999. Ils ont ainsi noté une diminution de certaines espèces locales au profit d’espèces plus thermophiles, vivant à l’aval des sites d’observation. Ainsi par exemple pour les poissons, le barbeau et le chevesne ont peu à peu remplacé la vandoise au cours du temps, sur les sites d’observation. Ce phénomène a pu être corrélé avec une augmentation de la température de l’eau d’environ 1,5 °C, elle-même liée au réchauffement de l’air ambiant.
La canicule, une catastrophe pour la vie aquatique
C’est dans la Saône que Jacques Mouthon a suivi la structure des communautés de mollusques en fonction des paramètres physico chimiques du milieu. Les relevés ont été effectués tous les mois, de septembre 1996 à décembre 2004 et se poursuivent actuellement.
La température a été suivie en continu par EDF. De telles séries chronologiques sont plutôt rares en eaux douces. Et le fait d’inclure l’été caniculaire de 2003 est encore plus exceptionnel.
Les résultats obtenus sont éloquents. La composition des peuplements a évolué progressivement dès 1996 en relation avec l’augmentation de température de l’eau. Puis, est survenue la canicule de juillet et d’août 2003 qui s’est traduite par une hécatombe pour les communautés de mollusques. Ainsi par exemple, la densité de Valvata piscinalis, un gastéropode courant dans le milieu, est passée du simple au tiers. Certains bivalves du genre Pisidium ont quasiment disparu des échantillons. La situation ne s’est guère améliorée une fois la vague de chaleur passée. En 2004, des espèces qui avaient relativement bien supporté la canicule ont complètement disparu. Seules 7 ou 8 espèces sur les vingt quatre présentes dans la Saône, à l’amont de Lyon ont mieux survécu à l’épisode caniculaire.
Jacques Mouthon affine aujourd’hui ces travaux en analysant les cycles biologiques de trois espèces au cours du temps. Il a ainsi observé déjà avant l’épisode caniculaire de 2003, des perturbations dans le déroulement de leur cycle biologique et une diminution de la taille des individus. De plus, les espèces produisent moins de jeunes, ce qui menace à court terme les conditions de leur survie.
Aux dires du scientifique, si d’autres épisodes caniculaires venaient à survenir au cours du 21ème siècle, on peut s’attendre à ce que plus de la moitié des espèces de mollusques soient menacées d’extinction dans la Saône. Avec un peu de bon sens, on peut imaginer que ces résultats soient transposables à d’autres cours d’eau des plaines de France et d’Europe et à d’autres groupes d’animaux…
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Cemagref