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Création de la plus grande aire protégée française : le Parc Amazonien de Guyane
11975 lectures28 février 2007, 14 h 05

© WWF-Canon / Roger LeGUEN
Le décret de février 2007 officialise la création du Parc Amazonien de Guyane, attendu depuis de très nombreuses années, tant aux niveaux régional et national qu'au niveau international. Le WWF-France se félicite de cette décision qui constitue un élément majeur de la politique française et européenne de conservation de la nature et qui couronne 15 ans d'effort et d'engagement des organisations de protection de la nature.
Création du Parc : un grand pas pour la protection des forêts tropicales
Avec ses 3,3 millions d'hectares dont 2 en zone coeur (forte protection), le Parc Amazonien constitue une grande avancée pour la conservation du massif forestier nord-amazonien à laquelle la Guyane va maintenant contribuer de manière significative.
Cette collectivité française d'Outre Mer possédait jusqu'à présent 5 réserves naturelles récentes, outils de préservation, de recherche et d'éducation mais dont les superficies ne pouvaient répondre pleinement aux enjeux de conservation de la forêt tropicale. Le Brésil a su développer depuis longtemps des espaces naturels protégés. Quant au Vénézuela, il possède 46 parcs nationaux qui, avec les autres aires protégées, représentent près de 46 % de son territoire.
Une des spécificités du Parc Amazonien de Guyane est sa dimension transfrontalière : il est relié aux aires protégées voisines du Brésil – le Parc des Tumucumaque (3,8 millions d'ha), la station écologique de Grão-Pará (4,3 millions d'ha) et la récente réserve de Maicuru (1,2 millions d'ha) – formant ainsi la plus grande zone de forêt tropicale protégée au monde d'une superficie totale de plus de 12 millions d'ha.
Une double mission : au service de l'homme et de son environnement
La protection d'une vaste aire forestière répond à de multiples enjeux environnementaux. C'est avant tout un formidable réservoir de biodiversité - comptant de nombreuses espèces uniques à la région - et de ressources génétiques pour l'homme (pharmacologie, cosmétique...). Cette région joue également un rôle important dans les grands équilibres planétaires, notamment au niveau de la régulation du climat et du stockage du carbone : la forêt amazonienne constitue un « puits de carbone » naturel, dont la destruction aggraverait le réchauffement planétaire.
Elle est aussi nécessaire à la survie d'espèces ayant besoin de grands territoires, comme le jaguar (Panthera onca) ou l'aigle harpie (Harpya harpyja).
Offrir une eau de bonne qualité est indispensable à l'homme et ses activités. Le Parc Amazonien de Guyane localisé dans le sud offre l'opportunité de protéger les sources et les affluents des deux principaux fleuves frontières : le Maroni et l'Oyapock, et en particulier les têtes de bassin versant. Il permettra aussi de protéger les savanes roches et inselbergs ainsi que des monts forestiers de moyenne altitude, des milieux rares à forte biodiversité, particulièrement nombreux dans le sud de la Guyane.
Enfin, le maintien du couvert forestier garantit l'immobilisation du mercure piégé dans les sols, et empêche sa libération massive dans les cours d'eau. Le mercure est à l'origine de graves problèmes sanitaires sur le Plateau des Guyanes.
Le Parc Amazonien devra aussi s'impliquer dans des projets de développement durable, selon les souhaits des populations locales. Au niveau mondial, la forêt tropicale est source de subsistance pour 50 millions d'êtres humains. La création de périmètres protégés permet d'associer ces populations à la gestion des territoires dans une dynamique de respect des modes de vie traditionnels et de développement durable (comme des activités de tourisme durable). Le Parc Amazonien devra aussi contribuer à améliorer le bien-être des populations, leur intégration sociale et à optimiser leurs conditions d'hygiène et de santé.
Assurer la pérennité des pratiques de subsistance (chasse, pêche, cueillette, abattis, fabrication d'objets, cultes) des communautés tout en préservant les ressources naturelles qu'elles exploitent, tel est l'un des défis majeurs que devra relever
le Parc Amazonien.
Le territoire du Parc Amazonien de Guyane : la plus grande aire protégée française
La délimitation des espaces du Parc Amazonien de Guyane tient compte de la nouvelle loi du 14 avril 2006 relative aux parcs nationaux. Elle s'appuie sur les positions des différents partenaires consultés dans le cadre des commissions ou lors de la consultation sur l'avant-projet, et notamment sur les propositions de zonage des communes. Le Parc s'étend principalement au Sud du massif guyanais, un territoire habité par 6 500 personnes (au recensement de 1999), des populations multiculturelles (amérindiennes, noir-marrons, créoles...) dépendantes de la forêt.
Le Parc Amazonien s'organise à l'intérieur de deux espaces :
Une zone coeur de 2 millions d'hectares et une aire d'adhésion d'1,3 millions d'hectares.
Le coeur du parc implique 5 communes : Papaïchton, Maripasoula, Saül, Sainte Elie et Camopi.
Il s'agit d'une zone de protection de la nature soumise à une réglementation autorisant la poursuite de toutes les activités de subsistance des résidents du parc (chasse, pêche, ...).
La Charte du parc, document de référence, définit un projet de territoire pour l'ensemble du Parc Amazonien. Elle fixe les modalités d'application de la réglementation dans la zone coeur. La Charte interdit notamment tout prélèvement de minerai aurifère dans la zone coeur pour tous les usagers du parc.
Elle prévoit des dispositions particulières pour garantir les activités (de subsistance, agricoles, forestières, touristiques...) et concourt à la mise en valeur et au développement du territoire dans les zones de libre adhésion.
L'aire d'adhésion est la zone maximale à l'intérieur de laquelle les communes pourront adhérer librement à la Charte du parc et concourir volontairement à sa protection. Cette zone est définie en raison de sa continuité géographique et écologique avec le coeur. Elle englobe notamment les bourgs et écarts(2) des communes de Papaïchton, Maripasoula, Saül et Camopi, ainsi que les lits des fleuves Maroni et Oyapock. Contrairement à la zone coeur, il ne s'applique pas de réglementation spéciale dans l'aire d'adhésion au titre du décret de classement du Parc Amazonien.
Dans l’immédiat, la création de ce Parc doit impérativement être accompagnée d’un renforcement de la lutte contre l’orpaillage illégal
Les impacts de ce fléau restent catastrophiques aux niveaux environnemental, sanitaire (contamination au mercure) et social (prostitution, insécurité...) Plusieurs milliers de travailleurs clandestins exploités par des réseaux encore trop peu inquiétés, continuent d’occuper des dizaines de sites d’orpaillage isolés.
" La création du Parc Amazonien représente un engagement fort pour la conservation à long terme du massif forestier de Guyane. Toutefois, malgré les efforts déjà déployés, la situation sur le terrain reste alarmante ", souligne Laurent Kelle, responsable du bureau WWF en Guyane. "C’est par une coopération forte avec le Brésil et le Suriname que l’on parviendra à lutter efficacement contre l’exploitation illégale de l’or et, à terme, à optimiser la gestion de ce grand réseau d’aires protégées".
Notes
- Impliqué dès l'origine du projet, le WWF-France, aux côtés d'autres organisations non gouvernementales de protection de la nature (Sepanguy, Kwata, Gepog, Fédération France Nature Environnement et le Comité français de l'UICN), a pris part et soutenu activement le processus de création du Parc. Il a notamment participé aux commissions thématiques durant l'élaboration du projet et apporté sa contribution à l'enquête publique en octobre 2006.
- Villages et zones de vies isolés, éloignés des bourgs de chaque commune du Parc.
Auteur
Organisation mondiale de protection de la nature ; date originale : 28 février 2007, 14 h 05
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
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