Carotte glaciaire prélevée dans l'est de l'Antarctique La science du changement climatique a progressé considérablement depuis la publication par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC/IPCC) de son premier rapport d’évaluation, il y a dix-sept ans.
Les données factuelles dont disposent les chercheurs – des carottes glaciaires et autres traces de climats passés aux mesures par satellite du XXIe siècle – se sont multipliées de manière exponentielle. Les gains de puissance spectaculaires des ordinateurs alliés à des connaissances théoriques de plus en plus solides ont permis de mieux comprendre comment les océans et l’atmosphère réagissent aux quantités croissantes de gaz à effet de serre.
La méthode scientifique qui a rendu possibles ces progrès représente l’une des réalisations culturelles les plus impressionnantes de l’humanité. En collectant et en analysant des données, en élaborant des hypothèses et en concevant des expériences pour les tester, les scientifiques ont réussi à élucider un grand nombre des secrets les mieux gardés de la nature. Le débat animé et parfois immodéré entre les théories et les équipes de recherche concurrentes témoigne de la vitalité de cette quête de vérité et de connaissance.
La contribution particulière du GIEC/IPCC a consisté à rendre le domaine de la science, neutre par rapport aux valeurs, plus accessible au monde de l’action politique, basé sur les valeurs. L’IPCC ne conduit pas de nouveaux travaux de recherche. Sa mission consiste plutôt à effectuer des évaluations, pertinentes pour l’élaboration de politiques, de la littérature existant dans le monde entier sur les aspects scientifiques, techniques et socio-économiques du changement climatique. Les rapports d’évaluation publiés en plusieurs volumes par le GIEC/IPCC en 1990, 1996 et 2001 ont joué un rôle capital en motivant les gouvernements à adopter et à mettre en œuvre la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto.
L’élaboration de politiques face à un défi aussi complexe et présentant des enjeux aussi considérables que le changement climatique doit reposer sur des connaissances scientifiques rigoureuses. Heureusement, le GIEC/IPCC a prouvé qu’il est possible pour les scientifiques de définir d’un commun accord l’état des connaissances sur le changement climatique et ensuite – seconde étape d’importance capitale – de communiquer ces connaissances aux responsables politiques. A la fin de ce processus long et difficile, un nouveau débat d’orientation, basé sur des connaissances scientifiques acceptées, mais motivé par des valeurs et des intérêts, peut alors être engagé.
Assurant le lien entre sciences et politiques, le GIEC/IPCC suit des procédures qui sont acceptables tant pour la communauté scientifique que pour les dirigeants. Il met l’accent sur la rigueur, la transparence et l’inclusivité. Ses évaluations sont examinées minutieusement par des experts ainsi que par les gouvernements. L’ampleur des réalisations du GIEC/IPCC, qui a examiné des milliers d’études et d’articles dans des journaux scientifiques pratiquant l’examen collégial, engagé quelque 2 000 scientifiques à travers le monde, et obtenu l’accord général des experts et des gouvernements sur les points fondamentaux de la science du climat, est tout à fait impressionnante.
Le rapport publié le 2 février par le GIEC/IPCC confirme que le climat est déjà en train de changer et que le rythme du réchauffement risque de s’accélérer au cours de ce siècle. D’importantes incertitudes subsistent – notamment en ce qui concerne le rôle respectif des nuages, des calottes glaciaires, des océans et du déboisement – mais globalement le message est clair. S’il est vrai que la preuve absolue ne sera pas disponible avant qu’il ne soit trop tard, il ne peut plus y avoir de doute sérieux que les émissions humaines de dioxyde de carbone, de méthane, d’oxyde nitreux et autres gaz à effet de serre présentent un risque très réel pour notre bien-être, et que les enfants nés en 2007 vivront dans un monde plus chaud aux tendances météorologiques considérablement modifiées et où le niveau de la mer sera plus élevé.
Comment devrions-nous réagir face à ces conclusions ? Les scientifiques eux-mêmes interpréteront différemment les incidences de leurs conclusions sur les orientations politiques. Mon opinion repose sur mes valeurs personnelles : nous devons agir en tant qu’intendants responsables de cette planète, respecter les droits d’autrui, y compris ceux des générations futures, et prendre des précautions contre des risques potentiellement importants en dépit des incertitudes.
Les scientifiques ont accompli leur tâche. Il revient maintenant aux gouvernements de transformer leurs conclusions détaillées et irréfutables en actions au niveau des pouvoirs publics.
Note
Le GIEC/IPCC a été établi en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale et l’UNEP.
Auteur
Editorial de Achim Steiner, Secrétaire général adjoint de l'ONU et Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)
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