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La désinformation d'ExxonMobil sur le changement climatique

10314 lectures / 3 commentaires18 janvier 2007, 19 h 10

planete
Un récent rapport de l’Union of Concerned Scientists montre comment ExxonMobil, la première compagnie pétrolière privée du monde a encouragé financièrement la désinformation sur le changement climatique.

C'est en s'inspirant des tactiques de désinformations de l'industrie du tabac, que le géant américain ExxonMobil (plus connu sous la marque Esso en France) a distribué près de 16 millions de dollars américains entre 1998 et 2005 à un réseau de 43 organismes pour semer le trouble dans sur la question du changement climatique, selon le rapport du 3 janvier 2007 de l'Union of Concerned Scientists (un groupe important de scientifiques mobilisés sur les questions environnementales), "Smoke, Mirrors & Hot Air".

Ce travail de fond a été initié plus particulièrement aux Etats-Unis avec la création en 1989 de la Global Climate Coalition (regroupant alors Texaco, General Motors, Ford, British Petroleum...). Cette structure a milité contre le protocole de Kyoto et la réduction des gaz à effet de serre tout en discréditant les conclusions du GIEC en attaquant les faiblesses et les lacunes des prévisions sous couvert "scientifique".
Ainsi, en mai 2006, peu de temps avant la sortie du film d'Al Gore "Une vérité qui dérange", leCompetitive Enterprise Institute (CEI), une organisation de lobbying crée par ExxonMobil vantait, dans des spots télévisés, les vertus du dioxyde de carbone, "un gaz inoffensif, indispensable à la croissance des plantes", donc à la vie.
Si l'annonce, sortie de son contexte, n'est pas fausse, elle se garde bien de signaler qu'à forte concentration (ce qui est le cas actuellement), le CO2 déstabilise notre équilibre climatique et compromet la pérennité de nos sociétés.

Selon le rapport de l'Union of Concerned Scientists, les fondations de ExxonMobil ont publié à maintes reprises les conclusions d'un petit groupe de contestataires sur le changement climatique. Par exemple, l'institut George C. Marshall, qui a perçu 630 000 dollars d'ExxonMobil, a récemment fait la promotion du livre de Patrick Michaels, professeur de recherche en sciences environnementales à l'Université de Virgnie et climatologue de l'État de Virginie. Cet auteur, qui conteste le changement climatique, est affilié avec au moins 11 organismes fondés par ExxonMobil.
De la même façon, ExxonMobil a fondé de nombreux groupes moins connus comme l'Annapolis Center for Science-Based Public Policy and Committee for a Constructive Tomorrow qui a notamment promu le travail de Sallie Baliunas, une astrophysicienne affiliée avec au moins 9 organismes fondés par ExxonMobil. Baliunas s'est distinguée par un article de 2003 où elle maintenait que le climat n'avait pas évolué de façon significative. C'était sans compter sur les réactions contradictoires de 13 scientifiques dont les travaux avaient été repris dans l'article et mal interprétés. Cela n'a pas empêché les groupes soutenus par ExxonMobil de poursuivre la diffusion et la promotion de cet article, dans un esprit de malhonnêteté et tromperie scientifique.

Malheureusement, ces méthodes ont porté leurs fruits puisque les investissements du pétrolier américain ont permis de retarder les prises de décisions au sein du gouvernement américain et de mieux diviser l'opinion publique américaine, dans un contexte ou le terrorisme monopolise la politique étrangère du pays.

Les agissements d'ExxonMobil ont indigné notamment de nombreuses personnalités scientifiques comme en témoigne les déclarations du Dr. James McCarthy, Alexander Agassiz, professeur en biologie océanographique à l'Université d'Havard et qui est impliqué dans les travaux du GIEC : "en tant que scientifique, j'aime à penser que les faits prévalent, et c'est ce qui se passe. Il est honteux qu'ExxonMobil ait cherché à cacher si longtemps des constats quand le futur de notre planète dépend des mesures que nous prenons aujourd'hui et dans les prochaines années."

Aujourd'hui, le camp des "négationnistes", c'est à dire des personnes qui refusent d'admettre la responsabilité des activités humaines dans les dérèglements climatiques, ne cesse de s'amoindrir, y compris dans les plus hautes instances politiques. C'est pourquoi, la Global Climate Coalition a vu ses membres diminuer : "le débat est clos. Quand 98% des scientifiques sont d'accord, il n'y a plus à tergiverser", déclarait en septembre 2006, John Hofmeister, président de Shell. Même ExxonMobil vient d'investir dans une étude européenne sur le stockage du CO2...

Quarante ans après les premières alertes sur cette problématique majeure et globale, maintenant que le consensus est presque atteint sur la réalité du changement climatique, il ne nous reste plus qu'à agir, le plus difficile...

Liens

Lire le rapport Smoke, Mirrors & Hot Air, How ExxonMobil Uses Big Tobacco’s Tactics to Manufacture Uncertainty on Climate Science - Union of Concerned Scientists (en anglais - format PDF)

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 10 janvier 2007, 16 h 25 - Tous droits réservés

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3 commentaires

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avatar koen - sautron - 12/01/2007, 12:26

Le plus hilarant (!) est que les journalistes américains essaient de donner une vue "équilibrée" et donnent autant de lignes/temps d'antenne à P. Michaels (le plus/le seul en vogue) qu'à tous les autres scientifiques.

Mais ce dernier se plaint d'un déséquilibre et réclame d'avantage de place pour lui et ses congénères.

Comme si les prévisions sont meilleures si on donne autant de temps d'antenne à Mme Soleil qu'à M météo.



Koen

avatar cpt - angola - 23/01/2007, 08:53

La prise de conscience en "occident" semble être générale maintenant, mais qu'en est-il dans les régions à forte croissance économique (Chine, Inde, Brésil ....) où le souci écologique ne semble être que de façade.

avatar Jean François - Paris - 03/05/2007, 09:34

Il y a comme une contradiction dans ce texte : les pétroliers financeraient les "négationnistes". Mais par ailleurs, l'article conclut que les compagnies pétrolières se rallient au "consensus" et financent aussi des études impliquant une adhésion aux thèses supposées "consensuelles".



Cette contradiction affaiblit encore une position assez faible en elle-même : la seule objection faite au contenu des objections consiste à dire que les objecteurs sont des "vendus". C'est un peu court. Mieux vaudrait répondre point par point à ces objections.



Enfin, s'il y a controverse, c'est qu'il n'y a pas consensus. Mieux vaudrait le reconnaître plutôt que de transformer le débat en guerre de religion. Si les compagnies pétrolières financent les chercheurs de diverses tendances, c'est que ces chercheurs sont en concurrence pour bénéficier des largesses de l'industrie pétrolière. Mieux vaudrait le reconnaître plutôt que d'entretenir un climat de suspicion par des insinuations portant atteinte à l'honorabilité des... rivaux dans l'obtention des subsides !

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