Feux de forêts sur les îles de Borneo et Sumatra, 10/2006crédit : NASA, MODIS Rapid Response team
Le "nuage brun d'Asie" est au coeur de discussions entamées vendredi sur l'île de Sumatra par les ministres de l'Environnement de la Thaïlande, de Singapour, de la Malaisie, du sultanat de Brunei et de l'Indonésie, les principaux pays affectés par une pollution colossale.
Le Sud-Est asiatique est recouvert, de manière plus ou moins continue, par un nuage de pollution de 3 kilomètres d'épaisseur comprenant particules en suspension, suies, aérosols et composés chimiques qui ne persistent qu'à cause des activités humaines (feux de forêts, combustion des déchets agricoles, des carburants fossiles des véhicules, des industries et des centrales électriques, rejets des millions de fourneaux brûlant du bois notamment).
Une étude de 2002 émanant du Programme pour l'environnement des Nations unies (PNUE) indiquait que cette pollution - qui s'étend actuellement sur des millions d'hectares dans le détroit de Malacca, le sud de la Mer de Chine et la péninsule malaisienne - diminuait de 10 à 15 pour cent la luminosité reçue à la surface de la terre.
"Chaque année à la saison sèche, les agriculteurs et les exploitants forestiers en Indonésie défrichent et préparent des terrains pour les cultures en y mettant le feu. Cette pratique des brûlis, interdite par la loi, est fréquente à Sumatra et à Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo." (AFP, 10/2006)
La rencontre entre les 5 pays les plus concernés a eu lieu à Pekanbaru, une ville de l'île de Sumatra qui est recouverte d'une nappe de brouillard sec comme en témoigne la photo satellite prise début octobre 2006 par la NASA.
Les populations et l'économie de ces pays sont dûrement touchés par cette pollution, puisqu'en 2002, le PNUE annonçait que ce nuage avait déjà entraîné la mort prématurée d'une centaine de milliers de personnes.
Actuellement, dans plusieurs villes d'Indonésie la visibilité se limite à quelques dizaines de mètres en plein jour tandis que des centaines d'écoles ont du fermer leurs portes et que le trafic aérien est perturbé.
A Singapour, Euston Quah, un expert de l'université Nanyang, a estimé que les pertes économiques du pays imputables à cette pollution atteindraient cette année 50 millions de dollars.
Déjà, en 1997 et 1998, les particules émises par les feux en Asie du Sud-Est avaient posé de graves problèmes de santé publique et des pertes estimées à 9,3 milliards de dollars.
On se souvient également de l'image symbolique des deux tours jumelles Petronas, symboles de la capitale malaisienne Kuala Lumpur qui furent plongées dans le brouillard lié aux feux de forêts, début août 2005.
Pour faire face, 8 pays appartenant à l'ASEAN (Association des Nations du Sud-Est asiatique) ont adopté un traité régional afin de lutter contre les incendies. Ce n'est que cette semaine que le gouvernement Indonésien, qui fait l'objet de vives critiques, à accepté de signer cette accord qui devrait l'engager à cesser tout feu de forêt sur son territoire. Cependant, le processus de ratification du texte pourrait prendre des mois.... C'est pourquoi le secrétaire général de l'ASEAN, Ong Keng Yong, a souligné vendredi que cette intention "doit être suivi par une action assurée, déterminée, concrète".
Dans un premier temps, Jakarta, la capitale de l'Indonésie, a annoncé la mobilisation de 10,8 millions de dollars pour louer des hélicoptères et bombardiers d'eau. Dans le même temps, des manifestants étaient présents à Pekanbaru pour exiger l'arrestation des "barons des plantations", accusés de distribuer de l'argent aux villageois pour qu'ils allument les incendies.
Sources
AFP, PNUE
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)