Anomalies moyennes de températures de 2001 à 2005 (en °C)crédit : NASA
Une nouvelle étude des scientifiques de la NASA montre que la température de la terre est en train d’atteindre un niveau inconnu depuis plusieurs milliers d’années.
L’étude est dirigée par James Hansen du « Goddard Institute for Space Studies » (l’institut des études spatiales) de la NASA à New York, avec la collaboration de scientifiques d’autres organisations. Ils concluent que, suite à une tendance au réchauffement rapide depuis 30 ans, la terre est aujourd’hui en train d’atteindre, puis de dépasser, les températures maximales connues pendant la période interglaciaire actuelle, qui dure depuis presque 12 000 ans. A cause du réchauffement actuel, plusieurs espèces de plantes et d’animaux sont forcées de migrer vers les pôles Nord et Sud.
Les températures utilisées dans l’étude sont des données enregistrées dans le monde entier pendant le siècle dernier. D’après ces données, les scientifiques ont conclu que
la terre s’était réchauffée à la vitesse phénoménale d’environ 0,2° C par décennie, et ceci depuis 30 ans.
« Ces données impliquent que nous approchons des niveaux très dangereux de pollution venant exclusivement des mains de l’Homme » dit Hansen. Depuis quelques décennies, les gaz contribuant à l’effet de serre, qui proviennent des activités anthropiques, sont devenus la cause principale du changement climatique. Ces gaz retiennent la chaleur dans l’atmosphère, ce qui entraîne un réchauffement de la surface de la terre. Certains de ces gaz, dont la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone, le méthane, le protoxyde d’azote, et l’ozone, sont présents naturellement dans l’atmosphère, d’autres sont présents uniquement à cause des activités humaines.
L’étude fait remarquer que le réchauffement de la terre est à son maximal dans les hautes latitudes de l’Hémisphère Nord, et qu’il est plus important au-dessus de la terre qu’au-dessus des océans. Le réchauffement majoré des hautes latitudes est attribué aux effets de la glace et de la neige. En effet, avec le réchauffement de la Terre, la glace et la neige fondent, ce qui découvre des espaces plus sombres qui absorbent plus de lumière du soleil et qui donc augmente le réchauffement ; ce processus est appelé « boucle de rétroaction positive ». Le réchauffement est moindre au-dessus de l’océan grâce à la capacité importante du « mélange profond de l’océan », qui entraîne un réchauffement plus lent.
Hansen et ses collègues de New York ont collaboré avec David Lea et Martin Medina-Elizade de UCSB (en Californie) pour obtenir des comparaisons des températures récentes avec des températures historiques depuis un million d’années. Les chercheurs californiens ont obtenu un rapport des températures de surface, grâce à la mesure du magnésium contenu dans des coquilles d’animaux microscopiques, relevé dans les sédiments, vivant à la surface des océans tropicaux.
Une des conclusions de cette collaboration est que l’océan Pacifique Ouest et l’océan Indien sont aujourd’hui aussi chauds, sinon plus chauds, qu’à n’importe quel autre moment précédant l’Holocène. L’Holocène est la période relativement chaude qui existe depuis presque 12 000 ans, et qui a succédé à la dernière période glaciaire majeure. L’océan Pacifique Ouest et l’océan Indien sont importants car, comme ses recherches nous le montrent, les variations de températures dans ces deux océans sont indicatives d’une variation de température globale. Donc, par inférence,
la terre entière est aujourd’hui aussi chaude, voir plus chaude, qu’à n’importe quel autre moment de l’Holocène.
D’après David LEA, « Le Pacifique Ouest a un rôle important pour une deuxième raison : c’est une source majeure de chaleur pour tous les océans, ainsi que pour l’atmosphère globale. »
Contrairement aux conclusions concernant le Pacifique Ouest, les chercheurs n’ont pas trouvé de réchauffement aussi important dans le Pacifique Est, qui se situe près de l’Amérique du Sud. Ils expliquent cette différence par le fait que cette région est maintenue fraîche grâce au « upwelling », qui est l’arrivée vers la surface de l’océan d’eau froide provenant des profondeurs. Le réchauffement dû aux activités humaines n’a pas encore eu d’incidence sur les couches profondes des océans.
Hansen et ses collègues suggèrent que l’augmentation de l’écart de température entre le Pacifique Ouest et le Pacifique Est puisse augmenter la probabilité de l’arrivée de forts El Ninos, comme ceux de 1983 et de 1998. El Nino est un phénomène naturel qui se produit tous les 3, 4 ans, où l’on constate un changement des situations climatiques partout dans le monde à cause des flux d’eaux chaudes à la surface du Pacifique d’Ouest en Est, et donc vers l’Amérique du Sud.
Le résultat le plus important de ces recherches est le fait que
le réchauffement de ces dernières décennies ait ramené la température de la Terre à moins d’un degré Celsius de la température maximale du dernier million d’années. D’après Hansen, « Ceci indique qu’une augmentation supplémentaire d’un degré Celsius nous emmènerait à un point critique. Si le réchauffement de la planète reste en dessous de ce niveau, on pourrait arriver à gérer les conséquences. Pendant les périodes interglaciaires les plus chaudes, la Terre ressemblait beaucoup à celle d’aujourd’hui. Mais si la température augmente de 2 ou 3 degrés Celsius, on verrait sans doute, alors, des changements qui feraient de la Terre une toute autre planète que celle que l’on connaît aujourd’hui. La dernière fois dans l’Histoire que la Terre a été aussi chaude était au Pliocène Moyen, il y a environ trois millions d’années, et l’on estime, en outre, que le niveau des mers était d’environ 25 mètres plus élevé qu’aujourd’hui. »
Les conséquences du réchauffement de la planète se voient déjà dans la nature. Les plantes et les animaux ne survivent que dans certaines zones climatiques, et sous l’effet du réchauffement des dernières décennies, plusieurs d’entre eux commencent à migrer vers les pôles. Une étude paru dans « Nature Magazine » en 2003 a constaté que 1 700 espèces de plantes, d’animaux et d’insectes ont migré vers les pôles à une vitesse moyenne de 6 kilomètres par décennie depuis le milieu du 20ème siècle.
Cette vitesse de migration n’est pas assez importante pour suivre la vitesse actuelle de déplacement des zones climatiques, qui a atteint environ 40 kilomètres par décennie entre 1975 et 2005. D’après Hansen : « Le mouvement rapide de ces zones impose une pression supplémentaire à la faune et la flore, qui s’ajoute à la pression de la perte d’habitat due aux activités humaines. Si on n’arrive pas à réduire la vitesse du réchauffement de la planète, beaucoup d’espèces risquent de disparaître. En réalité, nous sommes en train de les chasser de la planète. »
Source
NASA Goddard Institute for Space Studies
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